Le monde risque de revivre les heures les plus sombres de la pandémie de sida après l’arrêt brutal des financements américains à l’aide internationale, a averti lundi la responsable de l’ONU pour le VIH, prévenant que des millions de vies sont en jeu.
Historiquement premier donateur mondial d’aide humanitaire, les États-Unis ont drastiquement réduit leur soutien depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche il y a deux mois, plongeant la communauté humanitaire dans une crise sans précédent.
Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’ONUSIDA, a déclaré que si le financement américain n’était pas rétabli – ou compensé par d’autres pays –, « 6,3 millions de décès supplémentaires liés au sida », soit une multiplication par dix, pourraient survenir d’ici quatre ans.
« C’est un retour en arrière de 25 ans de progrès. La situation est gravissime », a-t-elle affirmé aux journalistes à Genève.
« Il est légitime que les États-Unis souhaitent réduire leur aide progressivement, mais couper net les financements vitaux a un effet dévastateur », a-t-elle insisté. « Aujourd’hui, à cause de ces coupes, 27 pays d’Afrique et d’Asie manquent de personnel médical, les systèmes de diagnostics et de traitements sont paralysés, et la surveillance épidémique s’effondre. »
Un retour de flamme mondial
Au-delà des quatre prochaines années, sans restauration des fonds, « la pandémie de sida… menacerait de ressurgir mondialement », s’étendant en Europe de l’Est et en Amérique latine, selon Byanyima.
« Nous assisterions à une résurgence des décès, comme dans les années 90 ou 2000. »
"If the US assistance for #HIV is not restored after the pause in April, and it is not replaced by other funding, there will be an additional 6.3 million AIDS-related deaths in the next four years."
— United Nations Geneva (@UNGeneva) March 24, 2025
– @UNAIDS Executive Director @Winnie_Byanyima pic.twitter.com/7h8Ad0fMn1
Elle a salué le rôle historique des États-Unis dans la lutte contre le sida comme « l’un des plus grands élans de solidarité en santé mondiale », citant le programme PEPFAR, initiative américaine contre le VIH ayant sauvé 26 millions de vies en vingt ans.
Grâce aux innovations américaines, le monde est « à l’aube d’une nouvelle révolution » préventive et thérapeutique, a-t-elle souligné, évoquant le lenacapavir, médicament développé par le géant pharmaceutique Gilead.
Les essais cliniques ont montré une efficacité de 100 %, et des tests sont en cours pour le proposer en une injection annuelle – une solution bien plus accessible pour les pays pauvres.
« C’est presque comme un vaccin contre la grippe », a-t-elle expliqué. « Si ce traitement est déployé massivement… nous pourrions réduire les nouvelles infections à quasi-zéro. Voir la fin du sida. »
S’adressant directement à Trump, qu’elle qualifie de « négociateur hors pair », elle a défendu ce combat comme « un investissement gagnant-gagnant » : le lenacapavir « générera des profits pour Gilead, créera des emplois aux États-Unis, et sauvera des vies ».
Elle a proposé qu’une fois le PEPFAR relancé, l’ONUSIDA collabore avec Washington et d’autres donateurs pour rendre les pays vulnérables autonomes contre le VIH.



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