Ce lundi, un tribunal français rendra son verdict dans l’affaire des « assistants parlementaires fictifs » impliquant Marine Le Pen. La cheffe du Rassemblement national (RN) est accusée, avec 24 co-prévenus, d’avoir détourné plus de 3 millions d’euros de fonds européens entre 2004 et 2016. Selon les procureurs, ces fonds auraient financé des collaborateurs… en réalité occupés à des tâches partisanes, et non parlementaires.
Une condamnation pourrait lui fermer les portes de l’Élysée en 2027. La Cour de cassation ayant jugé en 2023 qu’une interdiction d’exercer un mandat public avant épuisement des recours n’était pas anticonstitutionnelle, une peine d’inéligibilité prendrait effet immédiatement, même en cas d’appel. Les réquisitions sont lourdes : cinq ans de prison, dont un ferme, et cette fameuse interdiction.
Pourtant, l’élection de 2027 semblait être sa meilleure chance. Après le score historique du RN aux législatives de 2022, Le Pen, trois fois candidate à la présidentielle, rêvait d’incarner l’alternance. Elle dénonce d’ailleurs une « machination politique » pour l’écarter du jeu. « On veut museler toute voix dissidente », clament ses soutiens, alors que le RN surfait sur la colère face à l’immigration et au pouvoir d’achat.
Suspense juridique et séisme politique
La décision du Conseil constitutionnel, vendredi, ajoute au suspense. Saisi après la radiation d’un élu de Mayotte pour détournement de fonds publics, le Conseil a estimé qu’une interdiction avant appel ne violait pas la Constitution. Si le cas concernait un mandat local, des experts y voient un précédent pour l’affaire Le Pen.
Les enjeux sont colossaux. Une condamnation priverait la droite radicale de son visage le plus connu et pourrait redistribuer les cartes avant 2027. Le RN risquerait aussi une amende de 1,3 million d’euros (dont 600 000 € avec sursis). En cas d’acquittement, en revanche, Marine Le Pen renforcerait son statut de figure anti-système.
Et si Le Pen tombait, qui pour la remplacer ?
Jordan Bardella, 29 ans, patron du RN et protégé de Le Pen, n’est pas inquiété dans cette affaire. Mais son manque d’expérience et son profil moins charismatique interrogent : peut-il incarner une candidature présidentielle crédible ?
Du côté du gouvernement, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a lui-même exprimé ses réserves. En novembre 2023, il jugeait « profondément choquant » que Marine Le Pen puisse être écartée de la course. Preuve que ce verdict, au-delà des calculs politiques, touche à une question sensible : jusqu’où la justice peut-elle influer sur le destin démocratique d’un pays ?



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