L’Union européenne ne tolérera aucune atteinte à l’intégrité territoriale de la Bosnie, a averti mardi son chef de la diplomatie, alors que le pays traverse une crise profonde alimentée par les velléités sécessionnistes d’un dirigeant serbe.
Milorad Dodik, président de l’entité serbe de Bosnie, la Republika Srpska (RS), a intensifié ses appels à la sécession depuis sa condamnation à une peine de prison cette année.
« La Constitution de la Bosnie-Herzégovine est la pierre angulaire de la paix dans ce pays, et elle doit être respectée », a déclaré Kaja Kallas, responsable de la politique étrangère de l’UE, après avoir rencontré les membres divisés de la présidence bosnienne.
« Toute action qui sape l’intégrité territoriale, la souveraineté, l’ordre constitutionnel ou les institutions de l’État est dangereuse et inacceptable », a-t-elle ajouté.
Plus tôt dans la journée, lors d’une visite à un camp de casques bleus européens à Sarajevo, Kallas avait prévenu que « l’environnement sécuritaire reste stable, mais aussi très fragile ».
« Toute tentative de fragmentation du pays est inacceptable », avait-elle martelé.
En février, un tribunal a reconnu Dodik, 66 ans, coupable d’avoir ignoré les directives du médiateur international chargé de faire respecter l’accord de paix ayant mis fin à la guerre de Bosnie (1992-1995).
Le dirigeant, connu pour ses déclarations incendiaires, a écopé d’un an de prison et d’une interdiction d’exercer toute fonction publique pendant six ans. Mais il a rejeté le verdict et refusé de se présenter devant les juges.
Son arrestation pourrait enflammer la communauté serbe de Bosnie et menacer l’équilibre précaire de ce pays toujours profondément divisé.
Depuis la fin de la guerre, la Bosnie est scindée en deux entités : la Republika Srpska, dirigée par Dodik, et une fédération croato-bosniaque, le tout sous l’égide d’un gouvernement central affaibli.
En réaction à sa condamnation, l’administration de Dodik a adopté une loi interdisant à la police et à la justice fédérales d’intervenir sur son territoire. Les procureurs ont lancé un mandat d’arrêt contre lui pour « sabotage de la Constitution ».
L’Allemagne et l’Autriche lui ont interdit l’accès à leur territoire la semaine dernière, ainsi qu’à deux autres figures de la Republika Srpska.
Lors d’une conférence de presse commune avec Kallas, Denis Bećirović, le membre bosniaque de la présidence, a dénoncé « l’illusion tragique » selon laquelle la Bosnie pourrait se scinder pacifiquement.
« C’est une dangereuse illusion qui pourrait mener à la catastrophe », a-t-il mis en garde.
De son côté, la représentante serbe Željka Cvijanović a défendu l’administration Dodik, assurant qu’elle prônait le « dialogue ».
« Rien de ce qui se passe en Republika Srpska ne vise à détruire l’intégrité territoriale de la Bosnie », a-t-elle affirmé.
Malgré son statut de candidat à l’UE, la Bosnie peine à adopter les réformes nécessaires pour ouvrir les négociations, en raison de ses divisions politiques persistantes.
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