Face à l’inquiétude grandissante concernant les effets secondaires et la dépendance, les autorités sanitaires françaises tirent la sonnette d’alarme sur l’usage excessif des benzodiazépines, ces médicaments largement prescrits contre l’anxiété et les troubles du sommeil.
Un phénomène massif et préoccupant
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a lancé une campagne choc pour alerter sur les dangers des anxiolytiques (Xanax, Lexomil, Temesta) et somnifères (Imovane, Stilnox). En 2023, plus de 9 millions de Français en ont consommé, souvent sans conscience des risques : dépendance, troubles cognitifs, chutes chez les seniors, ou accidents de la route.
« La France est le 2ᵉ pays européen pour la consommation de benzodiazépines, derrière l’Espagne mais loin devant l’Allemagne ou le Royaume-Uni », souligne le Dr Philippe Vella, directeur médical de l’ANSM. Avec 34 comprimés par personne et par an, les Français en consomment 5 à 7 fois plus que leurs voisins britanniques ou allemands.
Un usage trop souvent prolongé
Pourtant, ces traitements ne devraient être pris que ponctuellement :
- Maximum 12 semaines pour l’anxiété
- 3 semaines pour les troubles du sommeil
Or, 40% des patients (soit 3,6 millions de personnes) les utilisent bien au-delà. Plus inquiétant encore : près de la moitié ont plus de 65 ans, une population particulièrement vulnérable aux effets secondaires.
Jeunes et détournements : l’ANSM en alerte
L’agence s’inquiète aussi de la hausse de 25% des prescriptions chez les moins de 19 ans (jusqu’à +40% chez les filles). Une étude Viavoice révèle que seuls 25% des jeunes connaissent les risques de dépendance ou de danger au volant.
Pire : ces médicaments sont de plus en plus détournés en contexte festif (mélangés à des opioïdes, de la kétamine ou du MDMA), ou utilisés pour des soumissions chimiques – comme dans l’affaire Gisèle Pelicot.
Des alternatives encouragées
Pour sensibiliser les jeunes, l’ANSM mise sur TikTok et Instagram, via des influenceurs et des messages courts :
L’agence promeut aussi des solutions non médicamenteuses : yoga, méditation, activité physique. Depuis 2022, les boîtes de 5 à 7 comprimés se généralisent pour limiter les stocks inutiles.
En réduisant les prescriptions inappropriées, la France pourrait économiser 30 millions d’euros par an sur les 100 millions actuellement remboursés. Une raison de plus, selon l’ANSM, de réserver ces traitements aux situations critiques.


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