Le musée Carnavalet, à Paris, plonge dans les archives familiales d’Agnès Varda pour mettre en lumière un aspect moins connu de son travail : sa passion pour la photographie. Jusqu’à sa disparition en 2019, la réalisatrice n’a jamais cessé de photographier le monde qui l’entourait.
Si Varda est surtout connue pour ses films engagés et poétiques, elle a aussi eu une longue histoire d’amour avec la photo, souvent en parallèle de son activité de cinéaste. Grâce aux archives soigneusement conservées par sa famille, le musée Carnavalet dévoile une nouvelle facette de son art.
Sa fille Rosalie, qui dirige aujourd’hui la société de production Ciné-Tamaris fondée par Agnès en 1954, a ouvert les portes de ces archives. Résultat : plus de 27 000 négatifs, tirages, carnets, journaux intimes et projets inachevés sont venus nourrir cette exposition unique.
Remettre Varda sur la carte des photographes
Pour Rosalie, il était temps que l’on reconnaisse enfin le rôle central de la photo dans le parcours de sa mère. « On savait qu’elle prenait des photos, mais ce n’était pas vraiment considéré comme une partie de son œuvre. Pourtant, la photo l’a structurée très tôt et l’a aidée à passer facilement à l’image en mouvement », explique-t-elle à RFI.
La commissaire de l’exposition, Anne de Mondenard, qui a travaillé deux ans sur ce projet intitulé Le Paris d’Agnès Varda, de-ci, de-là, tenait justement à mettre en valeur ce lien fort entre la photo et le cinéma chez Varda. « C’est important de montrer la cohérence de son travail, la richesse de son regard », confie-t-elle.
Un humour bien à elle
On se souvient tous de Varda avec sa coupe bicolore et son regard espiègle. Toujours à l’affût d’un détail amusant ou d’un coin inattendu de Paris, elle captait le quotidien avec une touche d’humour tendre. « Elle avait une vraie personnalité, une quête de liberté, et une manière de prendre du recul pour repérer le côté comique d’une situation », note Anne de Mondenard.
Mais derrière cet humour, Agnès Varda prenait son travail très au sérieux. En témoigne un autoportrait marquant de 1956, dans son studio de la rue Daguerre, dans le 14e arrondissement. Elle n’y sourit pas, un geste fort à une époque où les femmes derrière l’objectif étaient rares.
Une femme derrière l’objectif
Née en 1928 en Belgique sous le nom d’Arlette, elle grandit dans le sud de la France avant de s’installer à Paris pour étudier à l’École du Louvre. En 1950, elle devient officiellement photographe et adopte le prénom d’Agnès.
Elle travaille ensuite avec le Théâtre National de Paris, prenant en photo comédiens, metteurs en scène et coulisses, ce qui lui permet ensuite de décrocher des commandes pour la presse ou des agences.
Un œil moderne et engagé
Varda ne choisissait jamais la facilité. Elle préférait les ruelles oubliées, les gens qu’on ne regarde pas, les quartiers populaires. Son regard se rapproche parfois du documentaire, avec une vraie sensibilité pour celles et ceux qu’on voit peu.
Son engagement féministe transparaît aussi dans ses œuvres. Rosalie se souvient des portraits de femmes nues pris par sa mère dans les années 1950 : « Elle voyait le corps comme une architecture, pas juste comme un sujet de sensualité. C’était très moderne. »
On retrouve ce même regard dans ses films Cléo de 5 à 7 ou L’une chante, l’autre pas, qui donnent une vraie place à la parole des femmes.
En 2015, Agnès Varda a d’ailleurs reçu une Palme d’honneur à Cannes, qu’elle a dédiée à « la résistance et à la persévérance ».
Et pour résumer toute la liberté de sa démarche, quoi de mieux que ses propres mots dans Varda par Agnès : « C’est naturel pour moi d’aller ici ou là, de dire une chose puis son contraire, et de me sentir moins enfermée, parce que je ne choisis pas une seule version des choses. »



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