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Viande brésilienne : des supermarchés français accusés de boycott illégal par les éleveurs du Brésil

Viande brésilienne : des supermarchés français accusés de boycott illégal par les éleveurs du Brésil

Le puissant lobby agricole brésilien s’en prend à Carrefour, Leclerc et d’autres enseignes françaises, les accusant de nuire à l’image de leur viande au mépris du droit européen.

Le torchon brûle entre les géants français de la grande distribution et les éleveurs brésiliens. La Confédération de l’agriculture et de l’élevage du Brésil (CNA), l’un des plus influents lobbys agricoles du pays, a déposé mardi une plainte formelle auprès de la Commission européenne. Elle accuse plusieurs enseignes françaises de violer les règles de concurrence de l’UE en dénigrant délibérément la viande brésilienne.

Dans le viseur de la CNA : Carrefour, Les Mousquetaires (Intermarché), E.Leclerc et Coopérative U. Ces quatre poids lourds de la distribution, qui représentent ensemble environ 75 % du marché alimentaire français, auraient, selon la plainte, orchestré un boycott des produits carnés importés du Brésil et plus largement des pays du Mercosur — le pacte économique sud-américain réunissant le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay.

Une riposte au traité UE-Mercosur

Ce bras de fer intervient dans un contexte déjà tendu. L’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, conclu en décembre dernier après des années de négociations, a provoqué une levée de boucliers en France, en particulier chez les agriculteurs. Beaucoup y voient une menace pour les filières locales, avec l’arrivée massive de viande sud-américaine à moindre coût.

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Mais pour les éleveurs brésiliens, cette opposition franchit une ligne rouge. « Les déclarations de certains distributeurs français vont bien au-delà de la critique politique », estime Tereza Cristina, sénatrice brésilienne et ex-ministre de l’Agriculture, en déplacement à Bruxelles. « Ce sont des attaques diffamatoires qui nuisent à l’image de notre viande, pourtant conforme aux normes sanitaires européennes les plus strictes. »

Des déclarations jugées concertées

Le dossier présenté à la Commission s’appuie notamment sur plusieurs déclarations publiques tenues à quelques jours d’intervalle. Le 20 novembre, le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, annonçait sur LinkedIn que son groupe ne commercialiserait plus de viande issue du Mercosur, par « engagement pour une transition alimentaire durable ». Dans la foulée, Dominique Schelcher, président de Système U, déclarait à la télévision que « la viande vendue dans nos magasins est 100 % française. Il n’y a pas de viande brésilienne aujourd’hui, et il n’y en aura pas demain ».

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Pour la CNA, ces prises de position coordonnées s’apparentent à une campagne de dénigrement orchestrée, contraire aux règles de l’Union en matière de libre concurrence. L’organisation souligne que les enseignes ont explicitement appelé les autres acteurs du marché à rejoindre leur mouvement de rejet de la viande brésilienne, au nom d’une « solidarité » envers les producteurs français.

L’Europe saisie du dossier

Dans sa plainte, la confédération brésilienne avance que cette campagne pourrait constituer à la fois une entente anticoncurrentielle et un abus de position dominante. Elle demande à Bruxelles de trancher, craignant que les répercussions ne se limitent pas au seul marché français, les enseignes concernées étant aussi présentes dans d’autres pays européens.

Du côté de la Commission, on se contente pour l’instant d’une réponse prudente. « Nous avons bien reçu la plainte, que nous analysons selon nos procédures habituelles », a déclaré un porte-parole européen à POLITICO.

Les distributeurs français mis en cause, eux, n’ont pas souhaité commenter l’affaire.

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Une guerre commerciale larvée ?

Au-delà de la bataille juridique, cette affaire illustre les tensions croissantes autour du commerce agroalimentaire entre l’Europe et l’Amérique du Sud. Tandis que les producteurs français dénoncent un dumping environnemental et social, leurs homologues brésiliens y voient une fermeture injustifiée du marché européen à leurs produits.

« Les problèmes internes de la France devraient être réglés en France », a lancé Tereza Cristina. « Ce n’est pas en salissant les produits concurrents qu’on protège ses intérêts. »

Reste à voir si Bruxelles donnera suite à cette plainte explosive, au risque de raviver une controverse politique déjà très sensible autour de l’accord UE-Mercosur — et de mettre encore un peu plus d’huile sur le feu dans la guerre des viandes.

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