Alors que la Bulgarie s’apprête à franchir une étape historique en intégrant la zone euro en 2026, la Pologne, elle, campe sur ses positions. Malgré ses performances économiques solides, Varsovie continue de tourner le dos à la monnaie unique, une posture encore renforcée par l’élection du président eurosceptique Karol Nawrocki.
La Bulgarie, bonne élève pressée d’entrer dans la zone euro
C’est une petite révolution à l’Est : sauf surprise, la Banque centrale européenne devrait donner son feu vert cette semaine à l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro, à compter du 1er janvier 2026. Une première pour ce pays qui, depuis des années, aligne patiemment ses politiques économiques sur les exigences de l’euro : ancrage de sa monnaie nationale au taux fixe avec l’euro depuis 1999, participation à l’union bancaire depuis 2020, et respect des critères de Maastricht.
Un pari ambitieux pour le pays le plus pauvre de l’Union européenne, bien décidé à renforcer sa stabilité financière et son intégration européenne.
La Pologne, étoile économique… mais toujours en marge de l’euro
Pendant ce temps, la Pologne, qui affiche l’un des parcours économiques les plus impressionnants du continent, semble s’éloigner toujours plus de la monnaie unique. Avec une croissance prévue à 3,2 % en 2025 selon le FMI — soit quatre fois plus que celle de la zone euro (0,8 %) —, un marché boursier en pleine santé et une inflation sous contrôle, Varsovie coche pourtant toutes les cases… sauf la volonté politique.
Et ce n’est pas l’arrivée au pouvoir de Karol Nawrocki, président fraîchement élu et farouchement opposé à l’euro, qui va changer la donne. Bien au contraire.
« Un vote pour moi, c’est un vote pour le zloty »
Le ton avait été donné dès la campagne. Sur X (ex-Twitter), Nawrocki déclarait sans ambiguïté : « Je suis personnellement contre l’abandon de la monnaie nationale. Un vote pour moi, c’est un vote pour le zloty et notre souveraineté. »
Un message clair, qui trouve un certain écho dans l’opinion publique polonaise : si une courte majorité des citoyens soutient le principe d’une adhésion à l’euro, 70 % estiment que le pays n’est tout simplement pas prêt à franchir le pas.
Un bras de fer politique en perspective
Cette réticence n’est pas nouvelle. Déjà sous le précédent gouvernement nationaliste, la Pologne freinait des quatre fers. Même avec le retour aux affaires de Donald Tusk en 2023, à la tête d’un exécutif plus pro-européen, aucune dynamique réelle en faveur de l’euro ne s’est enclenchée.
L’élection de Nawrocki complique encore davantage les choses. Le président pourra nommer le futur gouverneur de la Banque centrale en 2027, ce qui pourrait ancrer durablement la ligne eurosceptique au sommet de l’institution monétaire. Il dispose aussi d’un droit de veto sur les lois, une arme politique redoutable face à un gouvernement qui ne dispose pas de la majorité des trois cinquièmes au Parlement pour contourner ses blocages. Donald Tusk, visiblement sur ses gardes, a déjà déclenché un vote de confiance pour tester sa majorité.
Une zone euro à deux vitesses
Au fond, la situation révèle une fracture persistante en Europe. Tandis que certains États membres comme la Bulgarie voient dans l’euro un gage de stabilité et de prospérité, d’autres, comme la Pologne, misent sur leur souveraineté monétaire comme levier de résilience et de contrôle économique.
Si la Bulgarie s’impatiente aux portes de la zone euro, la Pologne, elle, semble plus que jamais décidée à rester dans l’antichambre. Une dualité qui illustre les tensions politiques sous-jacentes à l’intégration européenne, bien au-delà des simples critères économiques.



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