Malgré les critiques croissantes d’économistes et de partenaires commerciaux, Donald Trump frappe fort : les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium importés passent de 25 % à 50 %, une décision qui inquiète autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis.
Annoncée en fanfare vendredi dernier lors d’une visite dans une usine U.S. Steel en Pennsylvanie, la mesure est désormais officielle. À compter de ce mercredi 5 juin, les droits de douane doublent sur l’acier et l’aluminium importés. Pour Donald Trump, cette décision vise à protéger la sécurité nationale et à renforcer l’industrie américaine. Pour ses détracteurs, c’est une gifle économique camouflée derrière des slogans patriotiques.
Un protectionnisme assumé mais controversé
Signé par décret mardi, ce nouveau relèvement des tarifs s’appuie sur plusieurs textes législatifs américains, dont la section 232 du Trade Expansion Act de 1962, souvent invoquée par Trump pour justifier ses politiques commerciales musclées. Selon l’administration, les nouveaux droits resteront en place jusqu’à nouvel ordre, sauf décision contraire du président.
Mais pour de nombreux experts, cette logique protectionniste pourrait se retourner contre l’économie américaine elle-même.
« Avec une taxe de 50 %, non seulement l’acier américain sera moins compétitif à l’international, mais cela pénalisera aussi de nombreuses industries nationales qui dépendent de ce matériau », alerte Gary Clyde Hufbauer, économiste au Peterson Institute for International Economics.
Une politique qui risque d’alourdir la facture pour les Américains
Dans une tribune publiée lundi, Hufbauer s’inquiète d’un effet domino : hausse des coûts pour les constructeurs automobiles, répercussions sur les prix à la consommation, ralentissement de l’investissement industriel…
Même son de cloche du côté de Wayne Winegarden, économiste au Pacific Research Institute, qui dénonce une décision « économiquement incohérente et illisible », déguisée en mesure de sécurité nationale :
« Ils n’ont jamais justifié pourquoi 25 % était le bon chiffre. Alors 50 %, c’est encore plus incompréhensible. »
Un manque de visibilité qui freine également les investissements, selon Felix Tintelnot, professeur d’économie à Duke University :
« Aucun dirigeant ne va investir massivement dans l’industrie lourde sans la garantie que cette politique durera au moins quelques années. »
Des réactions internationales en chaîne
L’Union européenne n’a pas tardé à hausser le ton. Dans un communiqué, la Commission européenne évoque des « contre-mesures » prêtes à être dégainées.
« Ces hausses tarifaires sapent nos efforts de négociation avec Washington », déplore Bruxelles.
Le Canada, également touché par les précédentes vagues de tarifs, crie à l’attaque frontale.
« Ce n’est pas une politique commerciale, c’est une attaque directe contre les travailleurs et les industries canadiennes », fustige Marty Warren, directeur national du syndicat United Steelworkers.
Le Royaume-Uni sous surveillance jusqu’en juillet
À noter que les importations britanniques restent, pour l’instant, soumises à l’ancien tarif de 25 %, grâce à un accord signé entre Londres et Washington le 8 mai. Mais cela pourrait évoluer : à partir du 9 juillet, le département américain du Commerce pourra revoir les taux ou imposer des quotas, selon le respect — ou non — de cet accord par le Royaume-Uni.
Un pari risqué à l’approche des élections
Cette décision, bien que populaire dans certains bastions industriels américains, pourrait avoir des répercussions lourdes sur la scène internationale et sur l’économie domestique. À l’approche de la présidentielle, Donald Trump semble jouer une nouvelle carte populiste, misant sur l’effet immédiat sur les sidérurgistes, au détriment d’une vision à long terme.
Mais à l’heure où l’inflation reste une préoccupation majeure pour les ménages américains, alourdir les coûts de production pourrait bien se retourner contre lui.



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