À Mormant-sur-Vernisson, la cheffe du Rassemblement national a reçu un hommage appuyé des leaders de l’extrême droite européenne, alors que son avenir politique reste incertain.
MORMANT-SUR-VERNISSON (Loiret) — Ambiance champêtre, slogans virulents et effluves de bière tiède : ce petit village de 133 âmes, perdu au milieu des champs, a vu défiler ce week-end le gratin de l’extrême droite européenne, rassemblé pour célébrer Marine Le Pen… et lui redonner un coup de projecteur au moment où les nuages s’amoncellent au-dessus de sa carrière.
Plus de 6 000 militants et sympathisants, pour la plupart venus des environs mais aussi de toute la France, ont afflué dans ce coin du Loiret à l’invitation du groupe Patriotes pour l’Europe, qui fête sa percée aux élections européennes de 2024. Un an après leur succès, les leaders nationalistes ont tenu à marquer le coup — et surtout à afficher leur soutien sans faille à la figure tutélaire de la droite radicale française.
Dans une atmosphère de kermesse aux accents identitaires, entre empanadas revisitées façon péruvienne et merguez bien de chez nous, les têtes d’affiche se sont succédé à la tribune. Parmi eux : Viktor Orbán (Hongrie), Matteo Salvini (Italie), Andrej Babiš (Tchéquie) ou encore Santiago Abascal (Espagne), tous venus réaffirmer leurs fondamentaux — rejet de l’immigration, défense de l’identité nationale, et opposition farouche aux politiques européennes.
Mais au cœur de toutes les attentions, il y avait bien Marine Le Pen.
Une ovation politique pour une Le Pen fragilisée
Depuis sa condamnation pour détournement de fonds européens en mars dernier, la présidente du Rassemblement national voit planer la menace d’une inéligibilité à la présidentielle de 2027. Un coup dur, survenu peu après la disparition de son père, Jean-Marie Le Pen, avec qui elle entretenait une relation aussi politique que tumultueuse.
« Chaque jour qui passe nous rapproche de Marine Le Pen présidente », a lancé Santiago Abascal, eurodéputé de Vox, dans un français parfait, sous les applaudissements d’une foule chauffée à blanc. « Ils ne pourront pas l’arrêter », a-t-il martelé, dans un discours aussi combatif que solennel.
Mais c’est Viktor Orbán qui a livré le soutien le plus appuyé. Venu spécialement de Budapest pour l’occasion, le Premier ministre hongrois a salué « une amie de longue date », qu’il décrit comme « une combattante courageuse », fidèle à ses convictions. Et d’asséner : « La France doit être un pays sacrément riche pour pouvoir se permettre de ne pas avoir Marine Le Pen comme présidente. »
Bardella monte, Le Pen résiste
Marine Le Pen, visiblement émue, a renvoyé la politesse en qualifiant la Hongrie de « modèle historique de résistance à l’oppression », saluant au passage le refus de Budapest d’appliquer les règles européennes sur l’asile.
Mais dans l’ombre du rassemblement, une autre dynamique se dessine : celle de Jordan Bardella. Le jeune président du RN, 29 ans, clôturait la journée avec un discours calibré, musclé, où il a affirmé que « la conquête du pouvoir en France » était désormais une priorité. Selon la stratégie actuelle du parti, Bardella prendrait les rênes de Matignon si Le Pen était élue à l’Élysée.
Une montée en puissance qui interroge sur l’équilibre des rôles au sein du RN, et laisse planer un soupçon de rivalité.
Une présidence… honorifique
Le clou du spectacle fut la remise, à l’unanimité, du titre de présidente d’honneur des Patriotes à Marine Le Pen. Une distinction purement symbolique, mais fortement chargée de signification : elle vient rappeler, pour ses alliés européens du moins, que la fille Le Pen reste la grande figure de proue de la droite radicale en France.
Reste que ce genre d’hommage a parfois un goût d’adieu plus que de sacre. À l’heure où le paysage politique français s’accélère et se fragmente, Marine Le Pen pourra-t-elle encore tenir les rênes ? Ou assiste-t-on, en creux, à l’entrée progressive dans l’après-Le Pen ?
Le temps — et les urnes — le diront.



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