Après le meurtre d’un employé scolaire à Nogent-sur-Marne, Emmanuel Macron tente de recadrer sa communication. Mais son discours peine à convaincre face à la montée des violences impliquant des mineurs.
À l’heure où l’insécurité scolaire inquiète de plus en plus les familles, Emmanuel Macron semble peiner à trouver le ton juste. Mardi, un drame est venu raviver les tensions : un adolescent de 14 ans a poignardé à mort un assistant d’éducation de 31 ans dans un collège de Nogent-sur-Marne, en région parisienne. C’est la deuxième affaire similaire en trois mois.
Ce nouveau fait divers jette une ombre sur la stratégie de communication du président. Quelques jours auparavant, il critiquait la couverture médiatique des violences en France, l’accusant d’alimenter les discours anxiogènes de l’extrême droite. Une prise de position jugée malvenue, voire hors-sol, par de nombreux parents bouleversés par l’attaque.
Une fracture entre le terrain et le discours
En voulant remettre les projecteurs sur les enjeux climatiques — à l’approche de la conférence des Nations unies sur les océans à Nice — Macron espérait détourner l’attention d’une actualité dominée par les violences urbaines. Mais cette tentative de réorientation s’est retournée contre lui.
« L’opinion publique place déjà la sécurité parmi ses principales préoccupations. Des événements comme celui de Nogent ne font que confirmer que ces peurs sont fondées », analyse Erwan Lestrohan, directeur d’études à l’institut Odoxa.
Un sondage réalisé en urgence par l’institut Elabe est venu enfoncer le clou : 87 % des Français interrogés estiment que ces agressions traduisent “une véritable montée de la violence chez les mineurs”, et non des cas isolés. Plus préoccupant pour l’exécutif : seulement 21 % font confiance à Emmanuel Macron pour agir efficacement contre ces violences, quand Marine Le Pen, elle, en convainc 42 %.
Une violence plus jeune, plus brutale
Si les statistiques globales de la délinquance juvénile n’ont pas évolué de manière spectaculaire depuis 2016, les actes les plus graves — homicides en tête — seraient, eux, en nette hausse. C’est ce qu’a affirmé François-Noël Buffet, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, mercredi à l’Assemblée.
« La violence des mineurs a changé de visage. Elle est plus radicale et plus diffuse », a-t-il alerté. Depuis le début de l’année, les cas s’enchaînent : un adolescent tué pour un téléphone à Paris en janvier, un autre poignardé en plein lycée à Nantes en avril… Le drame de Nogent, lui, a eu lieu alors que les sacs des élèves étaient contrôlés à l’entrée, une mesure de sécurité déjà renforcée.
Une réponse jugée insuffisante
Face à la stupeur, le président de la République a dénoncé une “violence inqualifiable”. Mais il a aussi mis en cause “une société de l’information qui passe d’un fait divers à un autre”, appelant à ne pas se laisser enfermer dans une spirale médiatique.
Pour Macron, la racine du mal se trouve ailleurs : familles déstructurées, poids des réseaux sociaux… Il a réitéré son souhait d’interdire l’accès aux plateformes sociales aux moins de 15 ans, quitte à légiférer au niveau national si Bruxelles tarde à réagir.
Mais cette ligne de communication — entre dénonciation des causes profondes et volonté de régulation numérique — reste floue pour beaucoup. Et elle donne l’impression d’un président à l’aise sur les scènes internationales, mais moins inspiré dès qu’il s’agit de répondre aux préoccupations concrètes des Français.
Quand le climat supplante la sécurité
Ce déséquilibre est d’autant plus criant que le chef de l’État semble vouloir concentrer l’agenda politique sur les enjeux climatiques. Or, pour de nombreux citoyens, la sécurité scolaire et la lutte contre la violence juvénile sont aujourd’hui prioritaires.
« En matière de criminalité, la perception l’emporte sur les faits », souligne Erwan Lestrohan. « Et chaque drame médiatisé appelle une réponse forte de l’État. » Un message que Macron peine visiblement à incarner.
À trop vouloir relativiser l’insécurité en insistant sur d’autres priorités planétaires, le président prend le risque d’apparaître déconnecté. Et dans une période où les émotions prennent souvent le pas sur la raison, ce décalage peut coûter cher politiquement.



GIPHY App Key not set. Please check settings