Au premier semestre 2025, la Chine a fait preuve d’un formidable élan créatif, affirmant avec panache une identité culturelle en pleine mutation. Des salles de cinéma aux laboratoires d’intelligence artificielle, des figurines de collection aux stades de foot locaux, une série de phénomènes emblématiques dessine les contours d’un pays plus sûr de lui, plus inventif et résolument tourné vers l’avenir. Tour d’horizon de ces quatre icônes qui symbolisent cette dynamique.
« Ne Zha 2 » : le mythe revisité qui affole le box-office
C’est sans doute le plus retentissant succès culturel de l’année en Chine. Sorti pour les festivités du Nouvel An lunaire, Ne Zha 2, fresque animée puisant dans la mythologie chinoise, a pulvérisé les records en quelques jours à peine. En huit jours, il devient le film le plus rentable de tous les temps sur le marché chinois, avant de décrocher le titre de film d’animation le plus lucratif de l’histoire mondiale, franchissant la barre des 2 milliards de dollars. Un exploit qui le hisse dans le top 5 mondial du box-office.
Derrière l’histoire du jeune dieu rebelle Nezha, ce second opus propose une lecture moderne et universelle sur la destinée, les préjugés et la transformation de soi. Une narration puissante qui touche autant les jeunes, en quête de sens, que les générations plus âgées, en recherche d’émotion. « Ce film m’a rappelé que mon potentiel est infini », confie une adolescente conquise.
Techniquement bluffant, Ne Zha 2 s’appuie sur près de 2 000 plans à effets spéciaux et mobilise le savoir-faire de plus de 130 studios d’animation. Sa sortie mondiale, de l’Amérique du Nord à l’Europe en passant par l’Asie du Sud-Est, démontre la capacité du cinéma chinois à rayonner à l’international avec une œuvre qui ne cherche pas à imiter Hollywood, mais à s’en distinguer.
DeepSeek : l’IA chinoise qui défie les géants
Dans un tout autre registre, c’est DeepSeek qui attire les projecteurs. Cette intelligence artificielle développée par une start-up basée à Hangzhou a surpris le monde entier en rivalisant avec les modèles occidentaux les plus avancés, et ce, malgré des ressources de calcul moindres. Présenté lors du Forum économique mondial, son modèle DeepSeek-R1 s’est hissé en tête des applications gratuites chez Apple, dépassant même ChatGPT.
Mais au-delà de la performance technologique, c’est un choix de société qui s’affirme. Contrairement à la tendance actuelle à la fermeture des modèles, DeepSeek revendique un engagement fort en faveur de l’open source. « Nous ne choisirons pas le modèle fermé », affirme son fondateur Liang Wenfeng, qui mise sur un écosystème ouvert, propice à la collaboration et à l’innovation partagée.
« L’essor de DeepSeek incarne la volonté de la Chine de tracer sa propre voie dans la tech, notamment face aux restrictions américaines sur les semi-conducteurs », souligne le commentateur pékinois Ming Jinwei.
Labubu : la figurine qui redonne des couleurs au « Made in China »
Avec ses yeux écarquillés et ses dents irrégulières, Labubu n’a rien d’un produit classique de l’industrie du jouet. Créé par l’artiste hongkongais Kasing Lung et propulsé par le géant Pop Mart, ce personnage au style mi-gothique mi-mignon mêle folklore nordique et esthétique asiatique. Il séduit une jeunesse mondialisée, de Paris à Bangkok, et fait désormais figure d’ambassadeur inattendu du design chinois. Dernier coup d’éclat : un Labubu vert pastel adjugé à plus d’un million de yuans (environ 139 000 dollars) lors d’une vente aux enchères à Pékin.
Mais l’essentiel est ailleurs : Labubu illustre une mutation profonde de l’image du « Made in China », désormais associé à la créativité et à l’imaginaire, bien au-delà de la production de masse. En exportant ses licences culturelles, la Chine affirme qu’elle peut aussi séduire le monde avec des produits de l’esprit, et pas seulement des objets de consommation.
Su Super League : le football populaire au cœur des régions
Dernier symbole de cette effervescence culturelle, la Su Super League n’a pourtant rien de professionnel. Ce championnat de football amateur né dans la province du Jiangsu réunit treize équipes issues de villes locales, dont plus de 65 % des joueurs travaillent en journée. Et pourtant, l’engouement dépasse toutes les attentes : stades pleins, dizaines de millions de vues sur Douyin (l’équivalent chinois de TikTok) et billets revendus jusqu’à 620 yuans alors qu’ils étaient initialement proposés entre 5 et 20.
Cette ferveur s’explique en grande partie par l’ambiance unique des rencontres, véritables fêtes populaires mêlant dialectes locaux, spécialités culinaires et traditions régionales. De l’art du papier découpé de Yangzhou aux spectacles lumineux de Wuxi, les matchs célèbrent autant la culture que le sport. Certaines municipalités n’hésitent plus à intégrer les matchs dans leurs offres touristiques, transformant le ballon rond en levier de dynamisme économique. « Je suis venu pour le foot, et j’ai reçu un cadeau de toute la ville », résume un spectateur conquis.
Une Chine plurielle et créative, en dialogue avec le monde
Pour Shi Anbin, directeur du Centre Israël Epstein à l’Université Tsinghua, ces quatre phénomènes révèlent une Chine nouvelle, plus diverse, imaginative et tournée vers l’extérieur. « Ce ne sont pas des projets pilotés par l’État, mais des expressions spontanées d’une société en pleine évolution », analyse-t-il.
Dans un monde souvent fragmenté et polarisé, la Chine propose un modèle alternatif, alliant tradition et modernité, local et global. Que ce soit sur grand écran, dans une ligne de code, un jouet de collection ou un stade de province, son pouls créatif bat fort – et le reste du monde commence à tendre l’oreille.



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