Le bras de fer entre la plateforme X (anciennement Twitter) et les autorités françaises prend une nouvelle tournure. Accusée de manipulations algorithmiques et de possibles extractions frauduleuses de données, l’entreprise dirigée par Elon Musk rejette en bloc les accusations et claque la porte à toute coopération avec la justice française.
Une enquête judiciaire sur fond de soupçons politiques
Tout commence en janvier dernier, lorsque la cellule cybercriminalité du parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire après des signalements faisant état de possibles altérations du fonctionnement de l’algorithme de X. Selon l’Associated Press, deux lanceurs d’alerte auraient transmis aux autorités des informations sensibles sur le fonctionnement interne de la plateforme. L’affaire est ensuite transmise à une unité clé de la police judiciaire nationale, marquant un tournant dans les investigations.
La justice soupçonne X de modifications intentionnelles de son algorithme de recommandation, pouvant constituer une infraction pénale en droit français. Le député Eric Bothorel aurait déposé un signalement dès janvier, pointant « des changements récents de l’algorithme de la plateforme X, ainsi qu’une ingérence manifeste dans sa gestion depuis le rachat par Elon Musk ».
Une innovation juridique inédite
L’originalité de cette affaire repose sur une analyse juridique publiée en février dernier par Michel Séjean, professeur de droit. Dans la revue spécialisée Dalloz, il affirme que détourner le fonctionnement d’un algorithme sans en informer les utilisateurs pourrait tomber sous le coup de l’article 323-2 du Code pénal, qui sanctionne toute « atteinte à un système de traitement automatisé de données ». Jusqu’ici, cet article était principalement utilisé dans des affaires de piratage ou de vol de données. L’idée d’en étendre l’interprétation à la manipulation algorithmique sur une plateforme sociale constitue donc un précédent.
X dénonce une « chasse aux sorcières »
Face à cette offensive judiciaire, la réaction de X ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué publié lundi via son compte officiel Global Government Affairs, la plateforme qualifie l’enquête de « poursuite à motivation politique ». Elle affirme :
« Les autorités françaises ont lancé une enquête criminelle à motivation politique contre X, en l’accusant de manipulations algorithmiques et d’extractions frauduleuses de données. X réfute catégoriquement ces allégations. »
Le communiqué accuse également le député Bothorel d’avoir prêté à la plateforme des intentions de manipulation pour favoriser des « ingérences étrangères », une accusation que le groupe qualifie de « complètement fausse ».
Refus catégorique de collaborer
Plus grave encore : X annonce qu’elle refuse d’accéder aux demandes des autorités françaises, lesquelles souhaitaient avoir un accès direct à son algorithme de recommandation et aux données en temps réel des publications des utilisateurs.
« X n’a pas accédé aux demandes des autorités françaises, comme la loi nous y autorise. Ce n’est pas une décision prise à la légère, mais nous nous devons de défendre nos droits fondamentaux, de protéger les données de nos utilisateurs et de résister à toute forme de censure politique », indique encore le communiqué.
Un biais algorithmique au cœur des soupçons
L’un des points centraux de l’affaire reste la question du biais politique supposé de l’algorithme. Une étude australienne de l’Université de technologie du Queensland, publiée en 2024, affirmait avoir mis en évidence un « basculement structurel de l’engagement » sur la plateforme, favorisant davantage les comptes de droite. Ce tournant aurait eu lieu à la mi-juillet, peu après l’attentat contre Donald Trump. Ce type de constat alimente les soupçons sur une possible orientation délibérée du contenu par la plateforme.



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