En visite à Toulon aux côtés du chancelier allemand Friedrich Merz, Emmanuel Macron a exhorté les parlementaires français à davantage de compromis. À l’image de l’Allemagne, où conservateurs et sociaux-démocrates parviennent à gouverner ensemble, le chef de l’État plaide pour une culture politique plus coopérative.
À Toulon, un appel au compromis
Sous le soleil méditerranéen de Toulon, Emmanuel Macron est apparu déterminé à envoyer un message clair aux élus de l’Assemblée nationale. À ses côtés, le chancelier allemand Friedrich Merz. Ensemble, ils ont présenté une série de projets franco-allemands, mais le président français en a profité pour adresser un avertissement à la classe politique hexagonale.
« De l’autre côté du Rhin, il semble qu’un parti conservateur et un parti socialiste parviennent à travailler ensemble », a-t-il déclaré vendredi, lors d’une conférence de presse. Avant d’ajouter, presque comme un défi : « Cela arrive pas très loin de chez nous, et ça fonctionne, donc je pense que c’est possible.
Bayrou fragilisé par l’opposition
Le message vise directement les opposants de François Bayrou. Le Premier ministre, à la tête d’un gouvernement minoritaire, pourrait bien être renversé début octobre. En cause : son plan d’économies de près de 44 milliards d’euros, qui suscite une fronde à gauche comme à droite.
Depuis les élections anticipées de l’été dernier, qui ont débouché sur un Parlement sans majorité claire, Emmanuel Macron tente de pousser les députés à adopter une culture du compromis — à l’allemande ou à l’italienne. Mais en France, le modèle reste rare, presque étranger.
Interrogé sur la possibilité d’une nouvelle dissolution en cas de chute de François Bayrou, le président a botté en touche. Pas question, dit-il, de se livrer à de la « politique fiction ». Il a également exclu toute idée de démission.
Une coopération franco-allemande renforcée… mais incomplète
La rencontre de Toulon n’était pas qu’un rendez-vous politique interne. Les deux gouvernements ont présenté près de 30 projets communs et huit feuilles de route couvrant l’énergie, les services financiers ou encore la transition numérique. Deux nouveaux sommets bilatéraux ont été annoncés : l’un consacré à la souveraineté numérique à Berlin, le 18 novembre, et un autre sur l’espace, prévu l’an prochain en France.
Toutefois, plusieurs dossiers épineux restent en suspens. Paris et Berlin n’ont trouvé aucune position commune sur l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur. La France s’y oppose fermement, tandis que l’Allemagne y est favorable. De même, aucun progrès n’a été enregistré sur le programme franco-allemand d’avion de combat du futur (FCAS), enlisé depuis des mois.
Une équation politique encore incertaine
Alors que l’exécutif tente de montrer l’image d’un couple franco-allemand uni, la situation politique intérieure française reste explosive. Emmanuel Macron sait qu’il joue gros : sans compromis au Parlement, la stabilité gouvernementale paraît fragile, et chaque réforme budgétaire risque de tourner au bras de fer.
Reste une question en suspens : les députés français prendront-ils enfin exemple sur leurs voisins allemands, capables de coalitions improbables mais efficaces ? Ou persisteront-ils dans une logique d’affrontement qui pourrait replonger le pays dans une nouvelle crise institutionnelle ?



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