À quatre mois du scrutin présidentiel prévu en République centrafricaine, l’opposant Anicet-Georges Dologuélé a annoncé avoir renoncé à sa nationalité française. Une décision contrainte par la réforme constitutionnelle adoptée en 2023, qui interdit aux candidats possédant une double citoyenneté de se présenter.
Un duel annoncé face à Faustin-Archange Touadéra
L’ancien Premier ministre et chef de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA) se prépare à affronter, une nouvelle fois, le président sortant Faustin-Archange Touadéra, au pouvoir depuis 2016. Déjà candidat en 2020, Dologuélé était arrivé deuxième lors d’un scrutin marqué par des accusations de fraude et de fortes tensions sécuritaires.
Économiste de formation, l’opposant s’est exprimé lundi en annonçant avoir pris une décision « personnelle » mais douloureuse :
« J’ai renoncé à ma nationalité française avec un lourd cœur », a-t-il déclaré, avant de pointer du doigt « l’incompétence et la partialité avouée » de l’autorité électorale.
Une élection sous haute tension
Le premier tour de l’élection présidentielle est officiellement prévu le 28 décembre 2025, en même temps que des élections municipales et régionales maintes fois reportées. Mais Dologuélé s’interroge sur la capacité des autorités à tenir les délais :
« C’est comme un match de football. Une équipe qui sait que les arbitres sont biaisés n’ira pas sur le terrain », a-t-il prévenu, laissant planer la menace d’un éventuel boycott si les conditions d’un scrutin transparent ne sont pas réunies.
Au total, 2,3 millions d’électeurs sont appelés aux urnes, dont près de 750 000 nouveaux inscrits selon la Commission électorale nationale. Mais des problèmes persistants liés au financement, au fichier électoral et à la logistique entretiennent un climat d’incertitude.
Une République centrafricaine fragilisée par l’instabilité
Depuis son indépendance en 1960, la Centrafrique a connu une succession de coups d’État, de régimes autoritaires et de guerres civiles. L’élection de Faustin-Archange Touadéra en 2016 s’était tenue en plein cœur d’un conflit sanglant, qui avait ravagé le pays entre 2013 et 2018.
Malgré une amélioration relative de la sécurité grâce à l’intervention de la Mission de l’ONU (Minusca), de soldats rwandais et de mercenaires russes du groupe Wagner, de vastes zones du territoire échappent encore au contrôle de l’État. Des groupes armés restent actifs le long des axes routiers stratégiques et dans l’est du pays, à la frontière avec le Soudan et le Soudan du Sud.
Une campagne qui s’annonce explosive
Cette élection de décembre apparaît comme un tournant majeur pour l’avenir politique du pays. Si ses adversaires l’accusent de vouloir s’accrocher au pouvoir à vie, Faustin-Archange Touadéra peut désormais briguer un troisième mandat grâce à la révision constitutionnelle de 2023.
Face à lui, Anicet-Georges Dologuélé entend incarner l’alternative, mais sa capacité à mobiliser dans un contexte de méfiance envers les institutions électorales reste incertaine. Son renoncement à la nationalité française, imposé par la nouvelle loi, marque en tout cas une étape symbolique dans cette bataille politique.



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