La dette française atteint désormais 3 345 milliards d’euros, soit près de 114 % du PIB. Le Premier ministre François Bayrou avertit que le poids des intérêts pourrait bientôt dépasser les dépenses de santé et d’éducation, appelant à des mesures urgentes pour éviter une crise de confiance.
Une dette qui ne cesse de grimper depuis 50 ans
La France n’a plus connu d’excédent budgétaire depuis 1973, juste avant le choc pétrolier. Depuis, les déficits se sont enchaînés, creusant une dette aujourd’hui évaluée à 3 345 milliards d’euros au premier semestre 2025, selon l’Insee. Cela représente 113,9 % du PIB, un niveau record.
« Depuis lors, notre déficit n’a cessé d’augmenter, et donc notre dette n’a cessé d’augmenter », rappelle François Ecalle, ancien membre du Haut Conseil des finances publiques et conseiller honoraire à la Cour des comptes.
Crises et déficits : les moteurs de l’endettement
Les crises économiques successives – de la crise financière de 2008 à la pandémie de Covid-19 – ont accentué le recours à l’endettement. L’État a emprunté pour soutenir les entreprises, renforcer le système de santé et maintenir les services publics à flot.
Chaque année, les dépenses dépassent les recettes, obligeant l’État et les collectivités à emprunter pour combler le déficit. Mais cette mécanique alourdit encore la facture, car la dette génère des intérêts toujours plus coûteux.
La bombe à retardement des intérêts
Dans le budget 2026, les retraites restent le premier poste de dépense. Mais juste derrière, la charge de la dette explose. Elle devrait atteindre 75 milliards d’euros, davantage que les dépenses de santé ou d’éducation.
Avec la remontée des taux d’intérêt, François Bayrou prévient que d’ici 2029, le service de la dette pourrait devenir la première dépense de l’État.
« Un danger immédiat pèse sur nous, que nous devons affronter dès aujourd’hui, sans délai, faute de quoi notre avenir sera compromis », a déclaré le Premier ministre lors d’une conférence de presse le 25 août, annonçant un vote de confiance prévu le 8 septembre.
Une urgence partagée par la Cour des comptes
La Cour des comptes, par la voix de son premier président Pierre Moscovici, parlait déjà en juillet dernier d’une « obligation brûlante » de réduire la dette. Pour l’institution, maintenir le déficit sous le seuil européen de 3 % du PIB est impératif pour conserver la confiance des marchés.
Des coupes budgétaires mais pas de nouveaux impôts
Pour tenter d’inverser la tendance, Bayrou propose un plan de rigueur de 21 milliards d’euros, incluant un gel des retraites et un plafonnement des prestations sociales à leur niveau de 2025.
En revanche, le gouvernement a écarté toute hausse d’impôts sur les ménages, conformément aux engagements d’Emmanuel Macron.
François Ecalle estime pourtant que l’État devra tôt ou tard trouver de nouvelles recettes :
« À un moment, il faudra bien taxer davantage, par exemple les grosses retraites ou les patrimoines hérités », explique-t-il, tout en reconnaissant que ces mesures sont toujours impopulaires.
Un vieux débat qui se répète
La question de la dette et du déficit structurel n’est pas nouvelle.
« Les débats actuels, qu’ils portent sur les impôts ou sur les coupes budgétaires, sont les mêmes que ceux que nous avions il y a trente ans au ministère des Finances », constate Ecalle, pessimiste sur la capacité du pays à prendre les décisions difficiles.
Pour l’heure, la France semble condamnée à repousser toujours plus loin l’inévitable affrontement entre dépenses publiques et recettes fiscales.



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