À Paris, l’exécutif tremble. Le Premier ministre François Bayrou pourrait être renversé dès lundi, une instabilité politique qui risque de retarder la promesse d’Emmanuel Macron d’augmenter massivement le budget de la défense, alors que la guerre en Ukraine et l’incertitude autour de Donald Trump fragilisent déjà la sécurité européenne.
Une instabilité qui inquiète armée et industriels
« Et c’est reparti… », soupire un responsable de l’industrie de l’armement. Si les députés censurent François Bayrou lundi — ce qui semble inévitable —, ce serait la deuxième fois en moins d’un an qu’un Premier ministre français est renversé, après la chute de Michel Barnier en décembre dernier.
Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a lui-même reconnu : « Une fois de plus, il y a de l’incertitude », lorsqu’il a été interrogé sur l’impact de ce vote sur la montée en puissance militaire. Considéré comme l’un des successeurs potentiels de Bayrou, il multiplie cette semaine les déplacements dans les usines d’armement pour montrer que le travail se poursuit malgré tout.
Mais dans les rangs militaires comme industriels, le malaise est bien présent. « L’armée n’a pas oublié que la censure du gouvernement Barnier avait perturbé certains programmes d’armement », rappelle un haut fonctionnaire parlementaire.
Une loi de programmation militaire menacée
En juillet dernier, Emmanuel Macron avait promis que le budget de la défense atteindrait 64 milliards d’euros en 2027. Une hausse massive qui répond aux nouveaux standards fixés par l’OTAN : 5 % du PIB consacrés à la défense, dont 3,5 % uniquement pour les dépenses militaires. Un bond considérable par rapport à l’ancien objectif des 2 %.
Le chef de l’État avait annoncé qu’un projet de loi actualisant la programmation militaire sur sept ans serait présenté à l’automne. Mais avec la menace d’un changement de gouvernement, voire de nouvelles élections, le calendrier est désormais fragilisé.
« Les hausses de budget de la défense annoncées par le président Macron… et saluées par une majorité de la classe politique, restent dépendantes d’un vote au Parlement : elles sont donc aujourd’hui incertaines », explique Bertrand de Cordoue, conseiller défense et armement à l’Institut Jacques Delors.
Pourtant, sur le fond, un consensus existe. « Personne n’osera toucher aux engagements qui ont été pris sur les dépenses de défense, car ils sont existentiels », insiste Hélène Conway-Mouret, sénatrice socialiste et membre de la commission défense et affaires étrangères.
Un avis partagé par Guillaume Lagane, enseignant à Sciences Po et spécialiste des questions stratégiques : « Il y a un énorme décalage entre le contexte international, qui reste très mauvais avec la guerre en Ukraine, et la situation intérieure française qui semble déconnectée de ces enjeux. » Et de prévenir : « Nos alliés avancent dans leur montée en puissance militaire, et nous non. »
Entre ambitions diplomatiques et paralysie politique, la France se retrouve une nouvelle fois en décalage avec ses propres priorités stratégiques.


GIPHY App Key not set. Please check settings