Un procès hors normes s’ouvre ce lundi à Besançon. Le Dr Frédéric Péchier, anesthésiste de 53 ans, comparaît pour des accusations glaçantes : l’empoisonnement volontaire de 30 patients entre 2008 et 2017. Douze d’entre eux n’ont pas survécu. Après sept années d’enquête, la justice tente enfin de faire toute la lumière sur une affaire qui a sidéré le monde médical.
Une série d’arrêts cardiaques suspects
Frédéric Péchier a exercé dans deux cliniques privées de Besançon. C’est là que plusieurs patients, pourtant venus pour des opérations courantes, ont subi des arrêts cardiaques inattendus. Douze ont perdu la vie.
Parmi ses victimes présumées : Teddy, un petit garçon de 4 ans, qui a survécu à deux arrêts cardiaques lors d’une opération des amygdales en 2016. La plus âgée avait 89 ans.
L’enquête a démarré en 2017, après l’arrêt cardiaque de Sandra Simard, 36 ans, opérée à la clinique Saint-Vincent. Dans sa poche de perfusion, une dose potentiellement mortelle de potassium avait été retrouvée. Très vite, les soupçons se sont tournés vers Péchier. Arrêté puis mis en examen, il est accusé d’avoir contaminé des poches d’infusion utilisées par ses collègues afin de provoquer des urgences médicales… et briller en les réanimant.
Le procureur Étienne Manteaux résume : « Ce dont il est accusé, c’est d’avoir empoisonné des patients sains afin de nuire à des collègues avec lesquels il était en conflit. Frédéric Péchier était le premier à intervenir quand un arrêt cardiaque survenait. Il avait toujours une solution. »
Un médecin controversé, une défense combative
L’anesthésiste encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Père de trois enfants, interdit d’exercer, il nie catégoriquement les faits. Placé sous contrôle judiciaire, il affirme que la plupart des incidents seraient liés à des « erreurs médicales » commises par d’autres.
« Je suis accusé de crimes odieux que je n’ai pas commis », déclarait-il déjà en 2017. Avant l’ouverture de son procès, il a réaffirmé sur BFMTV : « Je dois me battre une dernière fois pour en finir. Je ne suis pas fatigué. Je ne suis pas en colère. Je veux juste que l’on écoute, une fois pour toutes. »
Ses avocats assurent qu’il est déterminé à prouver son innocence.
Un rapport psychologique réalisé en 2019, vivement contesté par la défense, évoquait une personnalité « contrôlante » et des « traits pervers ». L’homme souffrirait aussi de dépression. Il avait tenté de se suicider en 2014 et, en 2021, il avait chuté d’une fenêtre chez ses parents, en état d’ivresse.
Une enquête hors norme
Sept années d’investigations, 70 signalements d’« événements indésirables graves » étudiés, quatre exhumations, 1 514 personnes entendues… Jamais la justice française n’avait affronté un dossier aussi complexe, selon le parquet.
Au final, 30 cas d’arrêts cardiaques suspects survenus à la clinique Saint-Vincent et à la polyclinique de Franche-Comté ont été retenus. L’Est Républicain rappelle qu’avant le passage du Dr Péchier à la polyclinique, aucun incident n’avait été signalé. Après son départ, les anomalies ont cessé. Même constat à Saint-Vincent depuis son arrestation.
« C’est une affaire vertigineuse par son ampleur, sa durée et sa complexité technique », souligne Me Frédéric Berna, l’un des 55 avocats représentant les victimes. Plus de 150 parties civiles, dont un syndicat d’anesthésistes, sont attendues au procès, prévu jusqu’en décembre.
Amandine Lehlen, dont le père est décédé en 2008 d’un arrêt cardiaque lors d’une opération du rein, confie : « J’attends ça depuis 17 ans. » Une autopsie avait révélé une overdose de lidocaïne.
Un procès long, douloureux, où chaque témoignage viendra rouvrir des plaies encore béantes.
Avec agences



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