Après avoir soutenu François Bayrou pendant plusieurs mois, le Rassemblement national (RN) a finalement voté contre lui lors du dernier vote de confiance. Le Premier ministre sortant a démissionné, ouvrant une nouvelle séquence politique marquée par l’arrivée de Sébastien Lecornu et les appels à une dissolution.
Le RN tourne le dos à François Bayrou
En décembre 2024, le RN, principal parti d’opposition avec 123 députés, avait accepté de soutenir François Bayrou, nommé après le départ de Michel Barnier. Quelques semaines plus tard, son abstention lors d’une motion de censure déposée par la gauche avait permis au centriste de sauver son poste.
Neuf mois plus tard, le ton a radicalement changé. Marine Le Pen l’a dit sans détour : « Nous n’avons pas confiance [en Bayrou] ». Elle a annoncé que l’ensemble de ses députés voterait contre lui. Résultat : battu lundi par 364 voix contre 194, Bayrou a remis sa démission dès le lendemain.
Sébastien Lecornu, ancien ministre de la Défense et proche d’Emmanuel Macron, lui a immédiatement succédé à Matignon.
Budget explosif et colère sociale
La rupture avec le RN s’explique avant tout par le budget 2026. Avec un déficit de près de 169 milliards d’euros (5,8 % du PIB), Bayrou avait prévu d’économiser 44 milliards en réduisant les dépenses publiques… et en supprimant deux jours fériés.
Une provocation pour le parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella, qui s’appuie sur un électorat populaire. « La suppression de deux jours fériés… c’est une attaque directe contre notre histoire, nos racines et la France des travailleurs », dénonçait Bardella le 15 juillet.
De son côté, le RN avait proposé jusqu’à 100 milliards d’économies via une série de mesures : plafonner la contribution française à l’UE, réduire les aides aux migrants, freiner les investissements dans les énergies renouvelables et couper dans la bureaucratie d’État.
« Nous avons toujours été prêts à améliorer les propositions sur le pouvoir d’achat, la sécurité ou la maîtrise de l’immigration », a expliqué le porte-parole Gaëtan Dussausaye à RFI. « Mais quand Marine Le Pen a écrit à Bayrou pour lui dire que son plan était mauvais et qu’elle se tenait à sa disposition, le Premier ministre l’a ignorée. Ce n’est pas respectueux. »
Un choix d’autant plus risqué que l’opinion s’est largement retournée contre Bayrou : selon Ipsos, sa cote de satisfaction est tombée à 20 %, un record à la baisse.
Dissolution ou statu quo ?
Alors que La France insoumise réclame la démission du président et que les socialistes appellent à un Premier ministre de gauche, le RN exige une dissolution immédiate. « Nous appelons à une dissolution ultra-rapide… pour que la nouvelle majorité issue de ces élections puisse construire un budget », lançait Le Pen avant le vote de lundi.
Emmanuel Macron a tranché autrement, choisissant Lecornu pour éviter une nouvelle crise à l’approche de la grande journée de mobilisation du 10 septembre et des grèves prévues le 18. Mais selon les sondages, 61 % des Français souhaitent bel et bien un retour aux urnes.
Marine Le Pen, elle, a aussi ses propres raisons. Sous le coup d’une interdiction de cinq ans de se présenter à une élection, qu’elle a fait appel, elle voit dans d’éventuelles législatives anticipées une opportunité politique. Son camp affirme qu’elle sera candidate, quitte à engager un bras de fer juridique.
« Bien sûr qu’elle sera candidate car elle est innocente », assure Dussausaye. Et si sa candidature est refusée, le RN promet de saisir toutes les voies de recours, y compris le Conseil constitutionnel.
Un scénario qui, selon certains observateurs, pourrait nourrir son discours sur une justice « politisée » et renforcer encore sa base électorale.



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