Le maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, est jugé à Lyon depuis le 22 septembre dans une affaire de chantage sexuel visant son ancien premier adjoint, Gilles Artigues. Trois anciens proches du maire comparaissent également, accusés d’avoir participé à ce piège politique hors norme qui secoue la ville depuis plus de trois ans.
Un procès hors du commun
C’est un dossier explosif qui s’ouvre à Lyon. Le maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, doit répondre d’un chantage à la sex-tape orchestré, selon les juges d’instruction, contre son propre adjoint. L’affaire remonte à janvier 2015, lorsque Gilles Artigues, figure centriste et catholique pratiquant, a été filmé à son insu dans une chambre d’hôtel parisienne en compagnie d’un escort masculin.
Révélée par Mediapart en août 2022, l’affaire a entraîné trois années d’enquête, ponctuées de témoignages, d’écoutes et de vidéos accablantes. Dans leur rapport final de 165 pages rendu le 6 juin 2025, les magistrats instructeurs estiment que des « infractions d’une particulière gravité » ont été commises. Le parquet de Lyon, dans ses réquisitions de mars 2025, a confirmé que le maire se trouvait « au cœur du piège tendu » à son adjoint.
Exclu de son parti Les Républicains, visé par des démissions en série au conseil municipal et conspué à chacune de ses apparitions publiques, Gaël Perdriau s’accroche pourtant à son fauteuil. Il continue de clamer son innocence et assure que la justice finira par l’« innocenter ».
Le procès, prévu pour durer une semaine, doit examiner trois chefs d’accusation : chantage, détournement de fonds publics et association de malfaiteurs. Trois anciens proches du maire – Pierre Gauttieri, Samy Kéfi-Jérôme et Gilles Rossary-Lenglet – comparaissent à ses côtés.
Les révélations des anciens alliés
Les juges estiment que le maire avait pleinement conscience du stratagème, qu’il connaissait les exécutants et qu’il a menacé directement sa victime. Des enregistrements réalisés par Gilles Artigues, qui avait songé au suicide et souhaitait laisser des preuves à ses proches, montrent que le maire évoquait dès 2017 la possibilité de diffuser la vidéo « par petites touches » et dans de « petits cercles » pour exercer des pressions.
L’objectif ? Contraindre son adjoint à se retirer de certaines élections, à renoncer à des alliances et à afficher une loyauté politique totale.
Au fil de l’enquête, les anciens fidèles de Perdriau ont retourné leurs vestes. Pierre Gauttieri, son directeur de cabinet de longue date, a fini par accuser son mentor après avoir été incarcéré en 2023. Il a affirmé devant les juges que c’est bien le maire qui avait « validé le kompromat », ajoutant : « Quand je le lui ai proposé, il a donné son feu vert. »
Deux mois plus tard, l’ex-adjoint à l’éducation Samy Kéfi-Jérôme a reconnu à son tour avoir piégé Gilles Artigues. Il a détaillé comment il avait caché une caméra dans la chambre d’hôtel, avant de lui présenter la vidéo en 2016 en déclarant : « C’est une assurance-vie politique. »
Enfin, Gilles Rossary-Lenglet, communicant et ex-compagnon de Kéfi-Jérôme, a confirmé sans détour avoir organisé le piège. Se décrivant lui-même comme un « spécialiste des coups tordus », il a admis avoir touché 40 000 euros pour l’opération, financée selon les juges par des subventions municipales détournées.
Les enquêteurs ont également découvert que Gauttieri et Rossary-Lenglet avaient tenté de monter une seconde opération de chantage contre l’ancien maire de Saint-Étienne, Michel Thiollière, en projetant de l’impliquer dans une relation avec un mineur.
Aujourd’hui, Gilles Artigues, Michel Thiollière et l’association Anticor se sont constitués parties civiles. L’ONG dénonce des « méthodes dignes d’une mafia » et un « otage démocratique des citoyens ».
Quant à l’escorte filmé à son insu en 2015, il a fait savoir qu’il ne se rendrait pas au procès.



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