Alors que les premières tendances issues des urnes placent le candidat du FSNC largement vainqueur, des allégations de manipulations des résultats par l’organe électoral Elecam et les autorités locales se multiplient, plongeant le pays dans une profonde incertitude post-scrutin.
Le Cameroun retient son souffle. Suite à l’élection présidentielle qui s’est tenue le 12 octobre, les premiers résultats issus du dépouillement des bulletins de vote placent le candidat du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), Issa Tchiroma Bakary, en position de net favori. Cependant, ce verdict des urnes est aujourd’hui assombri par de graves accusations de fraudes orchestrées par des membres d’Elecam, l’institution en charge de l’organisation des élections, au profit du président sortant Paul Biya, 93 ans et au pouvoir depuis plus de quatre décennies.
Dès la clôture du scrutin, une tension palpable s’est installée dans le pays. De nombreuses vidéos, partagées massivement sur les réseaux sociaux, ont commencé à circuler, montrant ce qui s’apparente à des tentatives de falsification de procès-verbaux (PV) électoraux. Ces documents sont pourtant la pierre angulaire du processus, puisque seuls les PV transmis par Elecam au Conseil constitutionnel sont pris en compte pour la proclamation des résultats officiels, attendue dans un délai maximum de quinze jours.
Les accusations ne s’arrêtent pas là. Plusieurs sources rapportent que, dans certains bureaux de vote, des observateurs représentant les partis de l’opposition auraient été contraints de quitter les salles de dépouillement juste avant le début du décompte. Des cas encore plus graves ont été signalés, où des autorités locales, parfois appuyées par des forces de l’ordre, auraient tenté de s’emparer des urnes pour les soustraire à la surveillance publique.
Des manœuvres centralisées et des accusations ciblées
Selon plusieurs lanceurs d’alerte, ces manœuvres ne seraient pas des actes isolés mais relèveraient d’une stratégie coordonnée. L’organe électoral, Elecam, est directement mis en cause, ses membres étant décrits comme étant tous issus des rangs du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti au pouvoir.
Des informations précises ont émergé de certaines localités. Dans le département de la Menoua, à l’ouest du pays, des procès-verbaux seraient en cours de modification à l’hôtel ADDYS de Dschang. Plusieurs personnalités locales sont nommément citées dans ces allégations. Ces accusations, relayées par des citoyens et des opposants, jettent un discrédit sévère sur la sincérité du scrutin dans cette région.
Face à la défaite qui se dessinait pour son candidat, un militant du RDPC aurait même, selon des témoins, décidé de saboter le processus dans son bureau de vote en « tout gâtant », illustrant le climat de désarroi et de tension qui règne au sein du parti présidentiel.
L’analyse statistique confirme l’avance d’Issa Tchiroma
Au-delà des témoignages et des vidéos, une analyse statistique détaillée, réalisée par un ingénieur et largement diffusée, vient corroborer la tendance d’une victoire écrasante d’Issa Tchiroma Bakary. Cette étude se base sur un échantillon conséquent de 5 953 bureaux de vote, totalisant 1 127 969 voix valides. La répartition de cet échantillon est majoritairement urbaine (environ 90 %).
Les résultats bruts observés dans ce périmètre sont sans appel : Issa Tchiroma Bakary recueillerait 74,10 % des suffrages, loin devant Paul Biya, crédité de seulement 18,05 %. Les autres candidats se partageraient les 7,85 % restants. Ces chiffres, publiés initialement sur le site resultatsdupeuple.com, sont par ailleurs confirmés par des données parcellaires mais vérifiables publiées sur d’autres plateformes en ligne, dessinant une tendance nationale uniforme.
Face à ce raz-de-marée, les communicants du camp présidentiel, comme Bruno François Bidjang ou Marthe-Cécile Micca, tentent de semer le doute en brandissant des résultats issus de villages isolés, où le RDPC conserverait une base électorale. Toutefois, l’analyse statistique prend en compte ce biais. L’étude part du postulat que l’électorat national se répartit entre 60 % de votants en zone urbaine et 40 % en zone rurale. L’échantillon initial étant surreprésenté en votes urbains, une correction a été appliquée pour obtenir une projection plus fidèle à la réalité nationale.
Deux scénarios ont été modélisés pour ajuster les chiffres. Le premier, qualifié de « modéré », accorde à Paul Biya un avantage de 12 points en zone rurale par rapport à son score en ville. Même dans cette configuration, le résultat final projeté reste massivement en faveur de l’opposition : Issa Tchiroma obtiendrait environ 70,5 % des voix, contre 21,7 % pour le président sortant.
Le second scénario, beaucoup plus généreux avec le camp au pouvoir, suppose un biais rural très fort, avec un avantage de 25 points pour Paul Biya dans les campagnes. Malgré cette hypothèse extrêmement favorable, Issa Tchiroma Bakary resterait largement en tête avec 66,6 % des suffrages, contre 25,6 % pour son rival.
Un climat post-électoral sous haute tension
La publication de ces chiffres, couplée aux allégations de fraude, a fait monter la pression d’un cran. Dans la ville de Garoua, considérée comme un fief d’Issa Tchiroma, un déploiement militaire significatif a été observé. Cette militarisation est interprétée par l’opposition comme une manœuvre d’intimidation visant à empêcher le candidat du FSNC et ses partisans de revendiquer leur victoire.
Le pays est désormais suspendu à la décision du Conseil constitutionnel. C’est cette institution qui, dans les jours à venir, devra examiner les recours, valider les procès-verbaux transmis par Elecam et proclamer le nom du prochain président de la République du Cameroun.
L’attention est désormais tournée vers le Conseil constitutionnel, dont le verdict, attendu dans moins de deux semaines, s’annonce décisif pour l’avenir politique d’un pays au bord de la crise.



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