Jugé pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels, entre 2008 et 2017, l’anesthésiste de Besançon, Frédéric Péchier, risque la peine maximale alors que son procès touche à sa fin.
La réclusion criminelle à perpétuité a été requise ce vendredi 12 décembre 2025 contre l’ex-anesthésiste de Besançon, Frédéric Péchier. En ce 64e jour de procès, les deux avocates générales ont tenu un long réquisitoire à l’issue duquel elles ont demandé la peine maximale. Une peine qui plus est assortie d’une période de sûreté de 22 ans. Alors que Frédéric Péchier continue de plaider son innocence, l’accusation n’hésite plus, elle, à parler de cet homme comme « l’un des plus grands criminels de l’histoire judiciaire française ».
« Parce que ses crimes sont hautement pervers, parce que Frédéric Péchier a commis l’irréparable, parce qu’il est un tueur en série, parce qu’il est inventeur du crime à double lame – la mort physique du patient et l’atteinte psychique de ses confrères jusqu’à les conduire à la disgrâce -, parce qu’aucun regret n’a été exprimé, parce qu’il n’est que mensonge, tricherie, dénigrement, parce que Frédéric Péchier ne sait pleurer que sur lui-même et ses proches, parce qu’il apparaît d’une dangerosité criminelle extrême… Nous requérons la réclusion criminelle à perpétuité, avec une peine de sûreté maximale de 22 ans », s’est justifiée ce vendredi Christine de Curraize, l’une des deux avocates générales. Et de renchérir en ajoutant une requête de plus : « Une interdiction définitive d’exercer la profession de médecin. »
Plus tôt, deux événements particulièrement rares s’étaient produits dans la salle d’audience. Tout d’abord, l’autre avocate générale, Thérèse Brunisso, n’était pas parvenue à contenir une montée de larmes alors qu’elle terminait la « liste de l’horreur ». Puis, c’est sa collègue, Christine de Curraize, qui lors de sa prise de parole avait fait preuve d’une telle puissance que les familles des victimes, présentes en nombre dans la salle, se sont mises à applaudir. Désormais, la plaidoirie de l’avocat de la défense est prévue pour lundi. Quant au verdict, il est attendu d’ici au 19 décembre. L’accusé, qui comparaît libre et qui a toujours nié les faits, encourt la réclusion à perpétuité.
30 empoisonnements, dont 12 mortels, entre 2008 et 2017
Frédéric Péchier est jugé à Besançon (Doubs) pour 30 empoisonnements, dont 12 mortels, entre 2008 et 2017, dans deux cliniques privées de la ville. Durant cette période, plusieurs événements indésirables graves (EIG) se produisent. Il s’agit de patients qui ne présentent pas de fragilités particulières mais qui font des arrêts cardiaques en pleine opération chirurgicale. L’homme est soupçonné d’avoir provoqué ces incidents médicaux pour mettre en avant ses qualités de réanimateur et nuire à certains de ses collègues avec qui il était en conflit.
Jeudi, lors des réquisitions, la parole était donnée au ministère public. L’avocate générale Thérèse Brunisso s’est longuement exprimée, avec parfois des mots très forts. « Vouloir provoquer un arrêt cardiaque, c’est vouloir provoquer la mort. Vouloir provoquer une hémorragie, c’est vouloir provoquer la mort », a-t-elle déclaré, des propos relayés par France 3 Bourgogne-Franche-Comté qui assiste à l’audience.
« Frédéric Péchier a créé ses zones de guerre à lui »
« J’ai posé la question à Frédéric Péchier, est-ce que provoquer un arrêt cardiaque c’est vouloir tuer ? La réponse a fusé : ‘Oui' », a-t-elle rappelé. De plus, « la théorie du pompier pyromane ne nous a jamais convaincues parce que 12 victimes sont mortes. Donc il y aurait eu 12 réanimations ratées. En vérité, les réanimations avaient davantage pour but de cacher les empoisonnements que d’éviter la mort », a insisté Thérèse Brunisso. « Frédéric Péchier a créé ses zones de guerre à lui : le bloc opératoire et la salle de réveil », a-t-elle ajouté.
De son côté, Sandra Simard, celle par qui toute l’affaire a vu le jour, s’est confiée sur BFMTV jeudi. C’est la première fois qu’elle prenait publiquement la parole dans cette affaire. « On a eu des réponses, mais pas toutes. On n’a pas eu les aveux, on ne sait pas pourquoi cet acte a été commis (…) Aujourd’hui, j’ai des lésions cérébrales. Je n’ai plus la vie que j’avais avant », a-t-elle déclaré.
Pour rappel, elle a été victime d’un arrêt cardiaque lors d’une intervention au dos à laquelle Frédéric Péchier a participé en 2017. Les analyses réalisées après l’intervention révèlent qu’une des poches de perfusion de Sandra contenait un taux de potassium 100 fois supérieur à la normale.
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