Fromage fondu, charcuterie et pommes de terre fumantes : à l’approche de l’hiver, la raclette s’invite sur des millions de tables. À l’occasion de la Journée mondiale de la raclette, célébrée ce samedi 13 décembre, la question de son impact environnemental se pose. Derrière ce repas convivial, quelle est l’empreinte carbone réelle de la raclette et quels leviers permettent de la limiter ?
La raclette n’échappe plus au grand examen climatique. À l’heure où chaque geste du quotidien est passé au crible du bilan carbone, ce plat emblématique des soirées d’hiver attire logiquement l’attention. Repas favori d’environ un tiers des Français, la raclette combine fromage, charcuterie, pommes de terre… et un appareil électrique souvent énergivore. Autant d’éléments qui pèsent sur le climat.
Pour y voir clair, il faut regarder les chiffres de près, sans tabou. Du fromage à faire fondre jusqu’à la consommation électrique du vieil appareil oublié au fond du placard, tout compte.
Une empreinte carbone déjà élevée dans l’assiette
Pris dans son ensemble, le bilan carbone d’une raclette avoisine les 2 kg équivalent CO₂ par personne, selon des calculs réalisés par Le HuffPost à partir des données de l’ADEME. Une estimation qui concerne uniquement les ingrédients principaux : fromage, charcuterie et pommes de terre.
Les résultats peuvent toutefois varier selon la méthodologie. L’ONG Avenir climatique avance par exemple un chiffre légèrement inférieur, avec 1,53 kg équivalent CO₂ par personne, une unité de mesure définie par le GIEC pour évaluer l’impact des activités humaines sur le climat. Pour comparaison, cette même association estime qu’une tartiflette atteint 0,90 kg équivalent CO₂ par personne, tandis qu’une ratatouille de saison se limite à 0,24 kg équivalent CO₂.
Mais ces comparaisons restent partielles. Elles ne prennent pas en compte l’ensemble du contexte d’un repas de raclette, ni les éléments périphériques qui alourdissent sensiblement la note climatique.
Appareil, énergie, boissons : le vrai coût grimpe
En élargissant le périmètre d’analyse, le chiffre change nettement. L’empreinte carbone ne se limite pas aux aliments. Il faut aussi intégrer la fabrication de l’appareil à raclette, sa consommation électrique, ainsi que les boissons qui accompagnent traditionnellement le repas, souvent du vin.
En tenant compte de l’ensemble de ces facteurs, l’empreinte carbone d’une raclette atteint environ 2,5 kg équivalent CO₂ par personne. Ce chiffre a été communiqué le 6 décembre 2022 sur Twitter par Adrien de Vriendt, consultant en électricité décarbonée.
Pour donner un ordre de grandeur, l’ADEME estime que la fabrication d’un simple tee-shirt en coton représente 7 kg équivalent CO₂. Un rappel utile, même si la raclette reste un repas ponctuel, là où les biens de consommation s’accumulent.
Dans le détail, ce sont surtout la viande et le fromage qui alourdissent l’addition climatique. La production de fromage repose sur une grande quantité de lait de vache. Or les ruminants émettent du méthane, un gaz à effet de serre particulièrement puissant.
Du côté de la charcuterie, l’impact est lié à l’alimentation des porcs, souvent à base de tourteaux de soja importés d’Amérique du Sud, un facteur associé à la déforestation. L’élevage porcin est également énergivore et génère de l’ammoniac ainsi que du protoxyde d’azote (N₂O), dont le pouvoir de réchauffement global est près de 300 fois supérieur à celui du CO₂.
Moins de charcuterie, plus de légumes : des marges de manœuvre existent
Le bilan carbone de la raclette est élevé, mais il n’est pas figé. Plusieurs ajustements permettent de le réduire sans transformer le repas en contrainte. Le premier levier, le plus évident, consiste à réduire les quantités de viande et de fromage. Une perspective qui peut sembler frustrante, mais qui ouvre aussi la porte à d’autres ingrédients.
Les légumes s’invitent de plus en plus autour du poêlon. Champignons, brocolis, poivrons, voire ananas… Ces alternatives se marient étonnamment bien avec le fromage fondu. Les pommes de terre, elles, peuvent rester au centre de l’assiette : leur bilan carbone demeure très faible.
La consommation d’énergie joue également un rôle. « Il vaut mieux baisser le chauffage avant de lancer la raclette, plutôt que d’ouvrir les fenêtres à la fin », explique Pacco Ba, de l’ONG Avenir climatique. L’association recommande aussi de couvrir les casseroles pendant la cuisson des pommes de terre afin de limiter les pertes de chaleur.
Un autre élément souvent sous-estimé concerne les boissons. Selon une étude danoise publiée en 2010, 1 litre de bière génère environ 1,5 kg de CO₂, contre 6 kg de CO₂ pour 1 litre de vin. À volume égal, la bière affiche donc une empreinte climatique quatre fois inférieure.
Si le vin pèse si lourd dans le bilan carbone, c’est en grande partie à cause de son transport et de son emballage. Les bouteilles en verre, épaisses et lourdes, nécessitent beaucoup d’énergie lors de leur fabrication, même si le matériau se recycle bien.
Pour limiter cet impact, certaines alternatives existent : thé noir — souvent recommandé par les nutritionnistes — ou vin conditionné en cubi. Plus léger que les bouteilles traditionnelles, ce format en carton se conserve plusieurs semaines au réfrigérateur et réduit les émissions liées au transport.
Autant de petits ajustements qui, mis bout à bout, permettent d’alléger le bilan carbone de la raclette… sans renoncer à ce qui fait son succès : le partage autour de la table.



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