Des chercheurs ont modifié le blé utilisé pour le pain. Ils ont observé un changement important une fois la tartine grillée.
Le matin au réveil, c’est un petit plaisir : sentir l’odeur du pain tout juste grillé est très agréable. Une sensation qui se perpétue depuis des décennies, mais qui pourrait bientôt changer. Des scientifiques ont décidé de toucher à ce mets sacré des Français et ont modifié génétiquement le blé servant à confectionner le pain. Les chercheurs du centre de recherche Rothamsted Research ont utilisé la technique d’édition génomique appelée CRISPR, qui permet de modifier sélectivement des gènes. Ils l’ont appliquée sur des champs de blé, donc en conditions réelles.
L’intérêt de ce test grandeur nature : le nouveau blé produit avec la CRISPR cible un gène particulier, responsable de la production d’asparagine (TaASN2), un acide aminé présent dans le pain et qui peut s’avérer problématique. Lorsque le pain grille, l’asparagine libre se transforme en effet en un composé toxique, appelé acrylamide. Ce dernier apparait lorsque les aliments riches en amidon sont chauffés à forte puissance et est classé comme cancérogène probable. La quantité reste toutefois faible si le pain est grillé de la bonne façon, soit en étant doré et non brûlé.
Les experts ont constaté que le pain fabriqué à partir de blé génétiquement modifié avait une différence avec du pain classique, invisible à l’œil nu et au goût. Ce dernier présente une concentration inférieure de l’acide. Cela a parfois été couplé à une inactivation partielle du gène apparenté, le TaASN1.

L’efficacité est telle que les concentrations de certains échantillons de pain sont tombées en dessous du seuil détectable après le grillage. Dans le grain, la teneur en asparagine a été réduite de 59% et jusqu’à 93% pour les échantillons doublement modifiés. Il n’y a pas eu d’impact sur le rendement, soit la quantité de production agricole obtenue.
« Ces travaux démontrent la capacité de la technologie CRISPR à apporter des modifications génétiques précises et bénéfiques aux cultures. Grâce à des cadres réglementaires favorables, nous pouvons générer des avantages considérables pour l’agriculture et les systèmes alimentaires », a expliqué Navneet Kaur, chercheuse principale à Rothamsted Research dans un communiqué.
Cette étude a une grande résonance dans le contexte actuel. La pression réglementaire sur l’acrylamide augmente en Europe : de nouveaux seuils sont attendus dans les denrées alimentaires cette année. « Le blé à faible teneur en acrylamide pourrait permettre aux entreprises agroalimentaires de se conformer aux normes de sécurité en constante évolution, sans compromettre la qualité des produits ni engendrer de coûts de production importants. Il offre également une réelle opportunité de réduire l’exposition alimentaire des consommateurs à l’acrylamide », a ajouté le professeur Nigel Halford, de Rothamsted Research, qui a dirigé l’étude.
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