Depuis l’élection de Daniel Lurie – héritier de la fortune Levi Strauss – à la mairie de San Francisco en novembre dernier, la ville semble résolument tourner le dos à la démocratie participative. Le nouveau maire s’appuierait en effet sur un cercle restreint de privilégiés (traduisez : des ultra-riches) pour repenser l’avenir de la Silicon Valley.
Le San Francisco Standard révèle que l’administration Lurie a lancé en catimini deux projets – officiellement distincts – permettant à une élite aisée d’influencer directement les politiques municipales. Le premier est un « partenariat pour San Francisco », un conseil consultatif réunissant des poids lourds de la tech comme Sam Altman (PDG d’OpenAI), Tony Xu (Doordash) ou Marc Benioff (Salesforce). Dirigé par trois figures féminines influentes – dont Laurene Powell Jobs (veuve de Steve Jobs) et Ruth Porat (Alphabet) -, ce cénacle fournirait au maire des « recommandations stratégiques de niveau PDG », financées par les entreprises membres.
Parallèlement, la mairie initie un partenariat public-privé pour injecter des fonds privés dans la revitalisation du centre-ville. Ce « San Francisco Downtown Development Corp », piloté par un ex-Goldman Sachs, mélangera argent public et contributions de mécènes. Une initiative jusqu’ici tenue secrète.
Si le rôle exact de ces structures reste flou, l’inspiration new-yorkaise interpelle : dans les années 1970, le « Partnership for New York City » avait déjà permis à des industriels de redessiner une métropole en crise, au détriment des institutions publiques. Un scénario qui rappelle étrangement la tendance nationale américaine à privatiser progressivement la gouvernance.
Selon le Standard, les deux groupes opèrent dans l’ombre depuis des semaines, coordonnant leurs actions avec la mairie tout en cultivant une façade d’indépendance. L’objectif avoué ? Créer des institutions pérennes qui survivront au mandat de Lurie, sur le modèle de celles toujours actives à New York.
Interrogé par Gizmodo, le cabinet du maire n’a pas souhaité commenter. Reste à savoir comment les San-Franciscains accueilleront cette mainmise discrète des milliardaires sur leur destin collectif.



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