in

Égypte ancienne : pourquoi les statues d’Hatchepsout ont été détruites après sa mort

Égypte ancienne : pourquoi les statues d’Hatchepsout ont été détruites après sa mort

Longtemps perçu comme un acte de vengeance, le saccage des représentations d’Hatchepsout par son successeur pourrait en réalité s’inscrire dans un contexte plus rituel que personnel. Une récente étude vient nuancer l’histoire.

Hatchepsout, une femme pharaon hors du commun

Figure emblématique de l’Égypte antique, Hatchepsout a marqué son époque autant qu’elle continue d’intriguer les chercheurs. Nommée régente en 1479 avant notre ère pour gouverner à la place de son jeune neveu, Thoutmôsis III, elle prend rapidement le pouvoir en son nom propre, devenant l’une des rares femmes pharaons de l’histoire.

Mais à sa mort, vers 1458 av. J.-C., son nom et son image commencent à disparaître des temples. Pendant des décennies, les spécialistes ont vu dans cette campagne d’effacement la main vengeresse de Thoutmôsis III, déterminé à rayer de l’histoire une souveraine qui aurait usurpé sa place.

A Lire aussi  Le meilleur ANC dans le jeu

Une destruction pas si personnelle ?

C’est ce récit que remet en question Jun Yi Wong, égyptologue à l’Université de Toronto. Dans une étude publiée dans la revue Antiquity, le chercheur avance une lecture plus subtile des faits :

« Si le visage brisé d’Hatchepsout a dominé l’imaginaire collectif, cette vision ne reflète pas fidèlement l’état réel de ses statues », écrit-il.

Après avoir épluché des notes de terrain inédites, des croquis, des lettres et des photographies issues des fouilles du XXe siècle, Wong affirme qu’une grande partie des statues retrouvées sont en relativement bon état, certaines même avec le visage intact. Si le but avait été de faire disparaître toute trace de son existence, la destruction aurait été beaucoup plus systématique, estime-t-il.

A Lire aussi  Google s'excuse d'avoir blessé les sentiments des Blancs

Des rituels de « désactivation » plus que de la haine

Wong va plus loin en expliquant que les dommages observés — notamment des cassures au niveau du cou, des genoux ou des chevilles — s’apparentent à des rituels de “désactivation” fréquents dans l’Égypte ancienne. Ces gestes visaient à neutraliser symboliquement le pouvoir des statues, et non à exprimer de la haine ou un rejet politique.

Autre hypothèse évoquée : certaines statues d’Hatchepsout auraient été réutilisées comme matériaux de construction à des époques postérieures, contribuant à leur fragmentation. Ce phénomène était courant et ne visait pas spécifiquement sa mémoire.

Néanmoins, Wong reconnaît que la souveraine a bel et bien été la cible d’une campagne de damnatio memoriae, contrairement à la plupart des pharaons masculins.

« Hatchepsout a subi une persécution organisée, et ses implications politiques sont indéniables », conclut-il. « Mais il faut aussi envisager l’idée que les actes de Thoutmôsis III répondaient à des logiques rituelles plus qu’à une simple animosité personnelle. »

A Lire aussi  Des dauphins affamés en Floride : la prolifération d’algues liée aux déchets humains mise en cause

Une souveraine d’exception jusque dans la postérité

L’idée que Hatchepsout ait été traitée, après sa mort, comme d’autres pharaons — malgré une forme de persécution — renforce l’exceptionnalité de son règne. Être femme, monter sur le trône suprême, puis faire l’objet de rituels habituellement réservés aux rois hommes, voilà qui en dit long sur l’empreinte qu’elle a laissée dans l’histoire.

Et si son héritage a longtemps été fragmenté, il n’a jamais été totalement effacé. Les éclats de ses statues, comme les recherches qui les entourent, continuent d’éclairer la complexité du pouvoir en Égypte ancienne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GIPHY App Key not set. Please check settings

Flamengo chambre Chelsea avec un clin d’œil à la PES après sa victoire au Mondial des clubs

Flamengo chambre Chelsea avec un clin d’œil à la PES après sa victoire au Mondial des clubs

Une lanceuse d’alerte dépose plainte contre Édouard Philippe pour favoritisme et harcèlement à la mairie du Havre

Une lanceuse d’alerte dépose plainte contre Édouard Philippe pour favoritisme et harcèlement à la mairie du Havre