La majorité présidentielle envisage de remplacer certains élus de gauche par des députés RN dans les instances dirigeantes du Parlement, rompant un peu plus avec le traditionnel « cordon sanitaire ». Une décision qui divise et reflète la stratégie ambiguë face à l’extrême droite.
PARIS – Et si Marine Le Pen et ses troupes obtenaient enfin des postes à responsabilité à l’Assemblée nationale ? C’est le scénario que discutent en coulisses les députés macronistes, selon des informations publiée par POLITICO. Une évolution qui marquerait un tournant dans la stratégie de la majorité face au RN, au risque de brouiller un peu plus les frontières politiques.
Un « problème » nommé gauche
Au sein d’Ensemble pour la République, le groupe parlementaire le plus important soutenant Emmanuel Macron, on s’interroge ouvertement sur la surreprésentation des élus de gauche dans les postes clés du Bureau de l’Assemblée. Un haut responsable du groupe, sous couvert d’anonymat, confie : « Il y a aujourd’hui trop de députés de gauche à des postes de vice-présidents ou de questeurs. Cela ne reflète pas l’équilibre politique de l’hémicycle. »
Une remise en question qui pourrait profiter au Rassemblement national, jusqu’ici tenu à l’écart des responsabilités parlementaires. Pour certains macronistes, cette exclusion nourrit le discours victimaire du RN et renforce son argument selon lequel ses électeurs seraient ignorés par le système. « Refuser systématiquement le RN, c’est leur offrir un boulevard électoral », glisse un député de la majorité.
La fin du « cordon sanitaire » ?
Cette réflexion s’inscrit dans un mouvement plus large en Europe, où la montée de l’extrême droite oblige les partis traditionnels à repenser leur stratégie. En France, le « cordon sanitaire » – cette règle non écrite visant à empêcher le RN d’accéder à des postes institutionnels – semble de plus en plus fragilisé.
En 2022, le RN avait déjà obtenu deux postes de vice-présidence grâce au soutien inattendu de centristes et de LR, provoquant l’indignation de la gauche. Mais après la dissolution surprise de juin 2023, les macronistes avaient cette fois refusé toute alliance, laissant les postes clés aux partis de gauche.
Emmanuel Macron lui-même avait jugé cette exclusion contre-productive : « Ce n’est pas une bonne chose. Les députés RN sont légitimes. Il n’y a pas de sous-députés », avait-il déclaré. Une position partagée par François Bayrou, aujourd’hui Premier ministre, pour qui cette marginalisation était « inacceptable ».
L’Europe aussi divisée
La France n’est pas le seul pays à débattre de cette question épineuse. En Allemagne, la percée de l’AfD (Alternative für Deutschland) a provoqué des tensions au sein de la CDU/CSU, après la deuxième place du parti d’extrême droite aux dernières élections. Mais contrairement à la France, le « firewall » allemand a, pour l’instant, tenu.


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