in

les laboratoires Servier condamnés pour « tromperie aggravée »

Plus de dix ans après le retentissant scandale du Mediator, un médicament tenu pour responsable de centaines de décès, les laboratoires Servier ont été condamnés lundi à Paris pour « tromperie aggravée » et « homicides et blessures involontaires » et devront verser environ 180 millions d’euros aux victimes.

« Malgré la connaissance qu’ils avaient des risques encourus depuis de très nombreuses années (…) ils n’ont jamais pris les mesures qui s’imposaient et ont ainsi trompé » les consommateurs du Mediator, a déclaré la présidente du tribunal correctionnel, Sylvie Daunis.

La magistrate a mis en avant « l’extrême gravité » des faits de tromperie, d’une « ampleur considérable et inédite » et dont « ont été victimes des milliers de patients ». Ces agissements ont « rompu la chaîne de confiance » qui va du fabriquant du médicament au patient et « fragilisé la confiance dans le système de santé », a déclaré la présidente.

Condamné à payer 2,718 millions d’euros d’amende, le groupe pharmaceutique a toutefois été relaxé du délit d' »escroquerie ».

Les laboratoires qui fabriquaient le Mediator, et l’ont commercialisé pendant 33 ans jusqu’à son retrait en novembre 2009, devront verser au total « plus de 180 millions d’euros » aux parties civiles en réparation des préjudices subis, selon les premiers calculs effectués par des avocats dans la foulée du délibéré.

A Lire aussi  Plus vous montrez vos émotions, plus vous êtes apprécié des autres, selon cette étude scientifique

Me François de Castro, l’un des avocats de la firme, a indiqué « prendre acte de ce jugement, très long, de près de 3.500 pages ». « Nous allons l’analyser avant de prendre la moindre décision », sur un éventuel appel, a-t-il déclaré à la presse.

Jean-Philippe Seta, l’ex-numéro 2 du groupe pharmaceutique et ancien bras droit du tout-puissant Jacques Servier, décédé en 2014, a lui été condamné à quatre ans d’emprisonnement avec sursis, ainsi qu’à une amende de 90.600 euros. Il devra lui aussi indemniser des victimes.

– « Empathie et émotion » –

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM, ex-Afssaps), qui a « gravement failli dans sa mission de police sanitaire », a elle été condamnée à 303.000 euros d’amende.

L’autorité de santé ne fera « pas appel », a annoncé sa directrice générale, Christelle Ratignier-Carbonneil. « Nous prenons acte de la condamnation. (…) Nous sommes avant tout dans l’empathie et l’émotion pour les victimes pour qui c’était un moment intense », a-t-elle déclaré.

Le Mediator a été mis sur le marché en 1976 pour le traitement du diabète mais a été largement prescrit comme coupe-faim ensuite. Le tribunal a considéré que les laboratoires Servier avaient sciemment dissimulé les propriétés anorexigènes et les dangereux effets secondaires de ce médicament, utilisé par 5 millions de personnes. Les premières alertes sur la toxicité du médicament étaient apparues dans les années 1990.

A Lire aussi  Avec Biden, le G7 s'engage à renforcer l'aide à la vaccination des pays pauvres

Plusieurs dizaines de parties civiles – sur les plus de 6.500 constituées à l’occasion de ce procès fleuve ouvert en septembre 2019 et clos en juillet 2020 – ont assisté à la lecture du jugement.

A leurs côtés la pneumologue Irène Frachon, qui a révélé au grand public cette affaire, l’un des pires scandales sanitaires survenus en France.

« Le tribunal reconnaît ce que je dis depuis 14 ans: le Mediator était une amphétamine dangereuse, Servier le savait parfaitement, a sciemment trompé des millions de consommateurs », s’est-elle félicitée après le jugement.

Mais « les sanctions pénales apparaissent bien faibles (…) et soulignent l’insuffisance, certainement, des dispositions du droit pénal pour punir à la hauteur de leur gravité les délits à col blanc », a déploré Irène Frachon.

– « En demi-teinte » –

« Je suis satisfaite que la justice soit passée, qu’il y ait une sanction pénale, même si elle aurait pu être plus lourde », a réagi Lisa Boussinot, dont la mère est décédée en 2004 après avoir pris du Mediator. « Je me sens reconnue en tant que victime », a-t-elle ajouté.

A Lire aussi  La guerre en Ukraine pèse sur l'Assemblée mondiale de la santé

Pour son avocat Charles Joseph-Oudin, le tribunal a rendu « une décision un peu en demi-teinte notamment en ce qui concerne les montants des dommages et intérêts et des amendes à la charge des laboratoires Servier ». « Ils sont condamnés à une amende de 2,7 millions d’euros, alors qu’ils font 10 millions de chiffre d’affaires par jour ! », a-t-il critiqué.

De même pour les montants qu’ils devront verser aux victimes: « C’est extrêmement faible au regard du profit réalisé avec le Mediator: 400 millions d’euros pendant les 14 années de commercialisation indue ». « Le Mediator reste une opération juteuse pour les laboratoires Servier, en ce sens mes clients sont en train de réfléchir très sérieusement à faire appel de la décision sur les intérêts civils », a déclaré l’avocat.

Quatre anciens cadres et experts des autorités de santé accusés de « conflits d’intérêts » avec Servier ont par ailleurs été condamnés à de la prison avec sursis et des amendes. Dans ce volet, cinq autres personnes ont été relaxées.

Le tribunal a enfin prononcé des relaxes dans le volet « trafic d’influence », qui visait notamment l’ex-sénatrice Marie-Thérèse Hermange, accusée d’avoir modifié un rapport parlementaire sur le Mediator pour minimiser la responsabilité du groupe pharmaceutique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

GIPHY App Key not set. Please check settings

l’UCI demande des sanctions à l’encontre de Bouhanni

Le président pakistanais Arif Alvi est testé positif au COVID-19