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sur les réseaux argentins, l’émotion, l’emballement et les infox

Accusation de mise en scène, infox sur le profil de l’assaillant, mise en cause des médias… En Argentine l’attentat contre Cristina Kirchner a enflammé les réseaux sociaux, inévitable caisse de résonance d’une forte polarisation politique exacerbée sous l’émotion.

Deux heures à peine après qu’un homme eut pointé jeudi son arme sur la vice-présidente, et alors que les images de la scène passaient en boucle sur les télévisions, des hashtags fleurissaient déjà sur Twitter, doutant de la véracité des faits, ou a minima accusant la vice-présidente de les instrumentaliser: #TodoCirco (tout un cirque), #NoLesCreemosNada (on n’en croit rien) ou encore #OperetaK (opéretteK).

Entre l’heure de l’attentat (peu après 21H jeudi) et le lendemain à la mi-journée, le cabinet de conseil et d’études d’opinion Taquion a analysé les conversations à chaud de 158.000 internautes sur les réseaux sociaux, avec 264.000 « mentions » de l’attaque et une « portée » estimée à 19 millions d’internautes. A 60% sur Twitter, 27% sur Facebook, et à un degré moindre sur Instagram ou d’autres sites.

Si la majorité (49%) des mentions pouvaient être considérées comme « positives », en soutien à Mme Kirchner ou rejetant la violence en politique derrière notamment le hashtag #TodosconCristina (Tous avec Cristina), 31% étaient négatives et caractérisées par « un scepticisme vis-à-vis des faits », indique à l’AFP Sergio Doval, directeur de Taquion. 20% des mentions étaient jugées « neutres ».

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« Preuve » supposée d’une « mise en scène », une infox a ainsi circulé plusieurs dizaines de milliers de fois durant quelques heures, captures d’écran à l’appui, affirmant que la chaîne de télévision C5N, plutôt pro-gouvernementale (donc pro-Kirchner) avait « chargé » sur son site web un article sur l’attentat trois heures avant celui-ci.

La cellule de fact-checking de l’AFP a pu déconstruire l’infox, notamment à partir du code source de la page, et attester que sa publication a bien eu lieu à 21h37 locales, soit peu après l’attentat.

Que trois personnes sur dix au sein de l’échantillon aient pu aussitôt mettre en doute un événement filmé et vu par de multiples témoins met en relief « le grand problème dont souffre aujourd’hui le tissu social argentin », marqué par « un profond manque de confiance dans les institutions », estime Sergio Doval.

– « Pistolet à eau » –

Même flux de désinformation dans « l’autre sens »: à mesure qu’émergeaient des éléments sur l’agresseur, Fernando André Sabag Montiel, et que la presse publiait des photos tirées de son compte Instagram (rapidement fermé), émergeaient des infox et des faux, associant le suspect à l’opposition de droite.

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Ainsi, un document officiel de la municipalité de Buenos Aires avec une liste de véhicules et de noms, dont celui de M. Sabag Montiel, prétendait que l’assaillant « est employé de Larreta (Horacio, maire de droite de la capitale, ndlr) avec une voiture à son nom ».

La cellule de fact-checking de l’AFP a pu vérifier sur le moteur de recherche des infractions routières de la ville qu’il s’agissait en réalité d’une liste d’impayés avec le nom des propriétaires des véhicules concernés, où apparaissait bien celui de M. Sabag Montiel.

Des photo-montages ont aussi abondamment circulé, faisant figurer l’assaillant au côté de Mauricio Macri, ex-président (2015-2019) et leader du principal parti d’opposition de droite (PRO), ou de Maria Eugenia Vidal, députée du PRO et ex-gouverneure de la province de Buenos Aires.

Là encore, des vérifications quant à l’origine des images ont pu mettre en évidence qu’il s’agissait de faux.

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Deux jours après l’attaque, un message avait également été partagé par plus de 50.000 internautes, en Argentine et au Brésil, affirmant que le pistolet utilisé dans l’attaque était un pistolet à eau. Le chef de l’Etat et maintes sources judiciaires citées dans la presse de tous bords ont confirmé qu’il s’agissait d’un Bersa 7.65 en état de marche, et chargé. La thèse du « pistolet à eau » reste à ce jour extrêmement présente sur Twitter.

Si la dynamique propre aux réseaux sociaux fait que « toute nouvelle peut (voir naître) son contraire, même faux », le politologue Diego Reynoso, directeur de l’enquête régulière d’opinion ESPOP, rappelle que Cristina Kirchner est une personnalité clivante en Argentine avec 60% d’opinions négatives, bien que vénérée par une frange de la gauche péroniste.

« Cela contribue aussi à la méfiance et crée un terreau propice à la circulation de fausses informations », estime-t-il.

« Ceux qui ont une prédisposition contre Kirchner consommeront des informations jetant un doute sur l’attaque et vice versa », de quoi renforcer les « bulles informationnelles » dans lesquelles s’enferment les internautes.

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