Candidate du président Macron à la Commission européenne, Sylvie Goulard va devoir passer un test délicat devant le Parlement européen, qui devrait l’interroger sur l’affaire des emplois fictifs présumés des assistants des eurodéputés MoDem et son activité pour un think tank américain.
« Un retoquage par le Parlement, oui, ça ne serait pas plaisant », admet un membre du gouvernement. Mais « la question, c’est: est-ce que la légalité est respectée ? Oui », répond-il.
Sylvie Goulard « est droite dans ses bottes et n’a rien à cacher », assure-t-on dans l’entourage de l’ancienne eurodéputée centriste (2009-2017). « Elle prend très au sérieux la validation du Parlement » européen, prévue d’ici fin octobre.
« Elle n’aurait pas accepté sa nomination si elle pensait qu’il y a un problème », insiste cette source.
La première affaire, celle des emplois fictifs, avait contraint Mme Goulard, 54 ans, à quitter son poste de ministre des Armées un mois à peine après sa nomination en 2017, en même temps que les centristes François Bayrou et Marielle de Sarnez. Ce retrait devait lui permettre de « démontrer librement » sa « bonne foi » lors de l’enquête.
L’annonce mercredi de sa nomination, pour intégrer la Commission de l’Allemande Ursula von der Leyen à partir du 1er novembre, en a donc surpris plus d’un, à commencer par l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot, qui regrette auprès de l’AFP une politique de « deux poids, deux mesures ».
– Généreuse rémunération –
« Elle a considéré elle-même qu’elle ne pouvait plus être ministre » mais peut en revanche « être commissaire européenne », interroge-t-il, tout en reconnaissant en Mme Goulard une « pro-européenne convaincue et une grosse bosseuse ».
L’entourage de Mme Goulard répond que l’enquête, pour laquelle une information judiciaire a été ouverte à Paris, n’a pas « aggravé » les soupçons la concernant et qu’elle n’a même « pas été entendue ».
« Pour Sylvie, tout était conforme aux règles », insiste cette source. Quant à sa démission, elle était due « au risque d’une mise en examen » qui aurait entraîné un départ brutal du gouvernement.
Il semble aujourd’hui, selon une source proche du dossier, que Mme Goulard ne soit pas la plus impliquée parmi les six parlementaires visés dans l’affaire.
La candidate, dont la nomination a donné lieu à de « multiples échanges » entre M. Macron et Mme von der Leyen, pourrait cependant être mise en difficulté par une autre affaire. Un travail généreusement rémunéré pour un think tank américain alors même qu’elle était eurodéputée.
Dans sa « déclaration d’intérêt » –que chaque eurodéputé doit présenter au Parlement européen– Mme Goulard a en effet renseigné entre 2013 et 2016 un rôle de « conseillère spéciale » auprès du « Berggruen Institute for governance » pour « plus de 10.000 euros brut par mois » –un montant supérieur à son indemnité parlementaire d’environ 8.700 euros bruts.
– « Gravissime » –
Il s’agit d’une affaire « gravissime », estime une source proche de la majorité, qui juge cette nomination « extrêmement risquée ».
« Elle a quand même touché une rémunération élevée d’un think tank américain pour un travail dont on attend de savoir la réalité », s’étonne pour sa part Yannick Jadot, quand l’ancien eurodéputé Guillaume Balas se demande comment un parlementaire européen « peut avoir le temps de faire autre chose ».
« Quand la rémunération est supérieure à l’indemnité, vous travaillez pour qui ? », s’interroge-t-il.
Le think tank en question, créé en 2010 par Nicolas Berggruen, un milliardaire américain et allemand, est une organisation à but non lucratif dont l’objectif est de réfléchir à « la manière de remodeler les institutions politiques et sociales ».
Une recherche sur le site internet laisse apparaître que Sylvie Goulard a participé à deux réunions –à Paris en 2013 et Madrid en 2014– ainsi qu’à une rencontre fin 2014 à Bruxelles ayant donné lieu à la rédaction d’un « papier de réflexion ».
« Pendant la durée de son contrat, Sylvie a participé à l’organisation de conférences à Paris et Madrid, d’une table ronde à Bruxelles et de plusieurs autres réunions, en plus de préparer des documents d’information », confirme l’institut Berggruen, contacté par l’AFP.
« A chacun de juger de la situation. Mais pour elle, c’était conforme à la règle et public », répond l’entourage de l’intéressée.
« Il s’agit d’un contrat privé avec un organisme privé, légal et déclaré », ajoute cette source.
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