L’ancien ministre de la Ville Jean-Louis Borloo a réclamé mercredi au Sénat l’ouverture d’une enquête parlementaire pour comprendre pourquoi la politique de rénovation urbaine s’est « totalement arrêtée », un an après que son plan pour les quartiers populaires a été enterré par Emmanuel Macron.
Retiré de la vie politique depuis 2014, l’ex-président de l’UDI, considéré comme le père de la rénovation urbaine, était invité par la commission économique du Sénat à évoquer ce plan d’action qui a engagé plusieurs dizaines de milliards d’euros en plus de quinze ans pour remodeler les quartiers populaires.
Aujourd’hui, selon Jean-Louis Borloo, qui avait été chargé par Emmanuel Macron de lui remettre un vaste plan pour les banlieues, finalement balayé publiquement en mai 2018, la rénovation urbaine « s’est totalement arrêtée ». « Pas réduite de 30%, pas divisée par deux… Arrêtée. »
« Comment un dispositif, voté à l’unanimité des sénateurs, voté à l’unanimité des députés, salué par les mamans des quartiers, les jeunes, les femmes, les maires, les présidents d’agglomération, par 100% des organismes d’HLM, comment cette décision de la nation française a-t-elle pu s’arrêter sans que personne ne l’ait jamais décidé ? », a interrogé l’ancien ministre de la Ville, puis du Travail, sous Jacques Chirac.
« Vous ne vous sentez pas bafoués ? », a-t-il lancé aux sénateurs. « Ça mérite une analyse. Une enquête parlementaire » car « en fait, on ne fait rien, voilà, c’est ça la réalité », a-t-il ajouté.
Ce constat reflète plutôt « la situation au moment où il a remis son rapport » et non celle d’aujourd’hui, car « on ne peut plus dire que la rénovation urbaine soit à l’arrêt », a réagi auprès de l’AFP Olivier Klein, président de l’Agence nationale de la rénovation urbaine (Anru).
Selon l’agence, 9,5 milliards d’euros de « concours financiers » ont été accordés par l’Anru depuis 2018, qui ont permis de valider « les projets de transformation de 371 quartiers ».
« Il y a peut-être eu un sentiment que la rénovation était à l’arrêt car on ne voyait plus de grues », concède Olivier Klein, maire de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), qui reconnaît que « les dispositifs prennent du temps » à se mettre en place.
La dynamique, depuis plus d’un an, a toutefois « permis de premières réalisations concrètes pour les habitants concernés avec déjà plus de 150 opérations livrées sur l’ensemble du territoire » et « ne va faire que s’amplifier ces prochains mois », a abondé l’actuel ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, cité dans un communiqué de l’Anru.
Mercredi matin, les sénateurs ont par ailleurs sondé Jean-Louis Borloo sur le rapport remis à M. Macron, qu’ils ont salué en regrettant qu’il « n’ait pas été pris en compte ».
« C’était peut-être un peu trop prêt, organisé, enthousiaste », a-t-il avancé, revenant sur l’épisode de mai 2018 depuis lequel il a disparu de la scène politico-médiatique. « Pourquoi je me suis tu? Parce que je suis quelqu’un de responsable, qu’il faut toujours laisser sa chance au produit. On a juste perdu un peu de temps. »
Certaines propositions du rapport Borloo ont été reprises et mises en place par le gouvernement, en particulier la mesure-phare prônant l’instauration de « cités éducatives » dans les quartiers, lancées en septembre.
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