La présidente du Conseil national des barreaux (CNB), Christiane Feral-Schuhl, a salué mercredi la « détermination intacte » des avocats, entrés dans leur troisième semaine d’une grève dure contre la réforme des retraites, faisant le constat d’un dialogue de sourds avec le gouvernement.
« Le gouvernement passe en force. Il n’y a actuellement pas de marge de négociation: le régime universel sera imposé à l’avocat et il sera préjudiciable à notre modèle économique et à l’accès au droit », a déclaré Mme Féral-Schuhl dans ses voeux à la presse.
Le projet de réforme prévoit notamment de doubler les cotisations retraite (de 14 à 28%) pour les avocats gagnant moins de 40.000 euros par an, et les pensions, actuellement au minimum de 1.400 euros net, passeraient à 1.000 euros, selon le CNB.
Seule concession envisagée, la garde des Sceaux Nicole Belloubet a proposé « une diminution des cotisations hors retraite » pour compenser la hausse des prélèvements retraite.
Un leurre pour les robes noires. Le CNB estime n’avoir aucune garantie valable car « tout aménagement du régime universel peut être contraire à la Constitution: c’est ce que dit le Conseil d’Etat », selon Mme Féral-Schuhl.
« Je suis éberluée par la capacité de l’Etat à vouloir détruire ce qui fonctionne et à créer des usines à gaz », a-t-elle dit, défendant un régime autonome « solidaire » et qui « ne coûte pas un euro » d’argent public.
Une nouvelle fois, elle a dénoncé les simulations présentées par le gouvernement, fondées sur un « avocat imaginaire » qui débuterait sa carrière à 23 ans avec 43.000 euros net de revenus annuels alors qu’un avocat prête serment en moyenne à 27/28 ans et qu’un tiers de la profession gagne moins de 30.000 euros net par an, selon le CNB.
« Cette profession n’a jamais été aussi proche de la rupture avec le gouvernement », a-t-elle déploré.
Le CNB, qui représente les 70.000 avocats français, a voté samedi à l’unanimité la poursuite du mouvement de grève, reconduit dans certains barreaux de manière illimitée.
La mobilisation des avocats, partout dans le pays, a conduit à l’embolie des juridictions, avec jusqu’à 80 à 90% des audiences pénales renvoyées à Nantes, Grenoble ou Nice. Une situation qui commence à susciter des critiques chez les magistrats qui déplorent un allongement des délais de jugement et une surcharge de travail qui sera difficile à résorber.
« Nous attendons des propositions », ont indiqué les représentants des avocats, avant une nouvelle rencontre « à confirmer » dimanche avec le Premier ministre.
Le CNB appelle profession à participer à une manifestation nationale à Paris lundi 3 février avec le collectif SOS retraites, qui regroupe une grande majorité de professions libérales.
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