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les expériences « lunaires » des avocats mobilisés

Ils ont un même mot à la bouche: « lunaire ». Alors que la justice d’urgence suit son cours tant bien que mal pendant la pandémie de coronavirus, des avocats racontent à l’AFP l’exercice tantôt « halluciné », tantôt inquiet de leur rôle de « vigies de la démocratie ».

« J’ai plaidé avec un masque, pour ne pas exposer la cour », raconte Philippe Ohayon. Dans la « minuscule » salle de la cour d’appel de Paris où chacun vient armé de sa parole, « j’avais l’impression d’être dans un endroit où pouvait flotter le virus », décrit-il.

L’avocat demandait mercredi à la chambre des extraditions la mise en liberté d’un client de 54 ans détenu à la prison de Fresnes, dont un détenu est décédé du coronavirus et trois personnels sont malades.

« Les seuls bénéficiant d’un masque étaient les détenus de Fresnes », raconte-t-il. Difficile de tenir les distances de sécurité entre policiers, détenus et interprètes.

« J’aurais préféré que les audiences puissent se faire en visioconférence, mais c’est compliqué », convient Philippe Ohayon. Il salue cependant « le sens de la fonction » des juges, des policiers: « C’était une belle audience, paradoxalement ».

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La justice a restreint ses activités aux « contentieux essentiels » et, parmi les rares audiences, les comparutions immédiates se poursuivent.

Mardi, à Paris, le tribunal a examiné plusieurs affaires mais les dossiers du jour ont été renvoyés à fin avril pour raisons sanitaires, racontent deux avocates.

« Avant l’arrivée du tribunal, il y avait quatre prévenus dans le box, l’un d’eux a dit +Il faut un mètre entre nous !+, mais le policier derrière lui a répondu +Vous êtes dans la même cellule de toute façon+ », décrit Sanahin Basmadjian. Ils s’assoient finalement à bonne distance.

Dans son affaire, qualifiée de vol de portable avec violence, les prévenus en situation irrégulière ont été placés en détention provisoire.

« C’est prendre un risque en prison, puisqu’ils ont passé 48 heures en garde à vue et ensuite au dépôt », estime l’avocate.

Comme elle, sa consoeur Camille Vannier dénonce l’orientation « incompréhensible » par le parquet de certaines affaires vers ces audiences de « flagrants délits » dénoncées comme une justice d’abattage par nombre d’avocats.

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Interrogé par l’AFP sur l’impact de l’épidémie, le parquet de Paris évoque une « réduction importante du nombre de dossiers nouveaux orientés en comparution immédiate »: sont conservés les dossiers où il « estime une mesure de sûreté nécessaire ». Le parquet reste « attentif à apporter une réponse ferme aux infractions les plus graves », notamment à celles en lien avec la pandémie: trafic de masques, risque accru de violences intrafamiliales, etc.

– « Il avait peur » –

Camille Vannier décrit son « cas d’école », « hallucinant », celui d’un Belge interpellé samedi en marge de la manifestation des « gilets jaunes ».

Ce militant écologiste est poursuivi pour des violences envers les forces de l’ordre, qu’il conteste. Après une garde à vue « en cellule collective, avec un homme qui présentait des signes inquiétants », il arrive au tribunal mardi: « Il toussait, donc il a été confiné avec d’autres cas suspects ».

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Libéré dans l’attente de son procès, mais frappé par ailleurs d’une obligation de quitter le territoire, il a été emmené… en centre de rétention, « en chambres collectives » malgré son état de santé selon son autre avocate, Norma Jullien Cravotta. Jeudi, un juge a finalement ordonné sa libération du centre.

Partout, les avocats décrivent la difficulté à respecter les « gestes barrière », en prison, en garde à vue…

Le bâtonnier de Paris a suspendu les désignations pour la défense d’urgence dans l’attente d’une validation sanitaire des audiences et gardes à vue par les autorités.

Une décision saluée par certains, raillée par d’autres: « Nous sommes les vigies de la démocratie, notre responsabilité est d’être sur le terrain », lâche l’avocat Samah Ben Attia.

Le client de Philippe Ohayon détenu à Fresnes a été libéré. L’avocat ignore dans quelle mesure le risque sanitaire a joué. « Il avait peur. Il m’a appelé ce matin. Il m’a dit +Vous m’avez sauvé la vie+ ».

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