Testé positif au Covid-19 cette semaine, l’ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian, 75 ans, est mort dans la nuit de samedi à dimanche, premier décès d’un responsable politique français des suites du coronavirus.
Cette figure de la droite, qui présidait depuis 2007 le conseil général des Hauts-de-Seine, avait été placé en observation mercredi dans un hôpital du département. Encore stable vendredi, selon son entourage, son état s’est rapidement dégradé samedi.
Jeudi, il indiquait dans un tweet être « touché par l’épidémie, donc à même de témoigner directement du travail exceptionnel des médecins et de tous les personnels soignants ». « Fatigué mais stabilisé grâce à eux, je remonte la pente et leur adresse un très grand merci pour leur aide constante à tous les malades », ajoutait-il.
Ses proches étaient « très inquiets car il avait une fragilité cardiaque et effectivement son cœur n’a pas tenu », a témoigné dimanche son « ami de trente ans », le député Modem des Hauts-de-Seine Jean-Louis Bourlanges, sur le site de Valeurs actuelles.
Le président Emmanuel Macron a rendu hommage à « un esprit libre qui voulut toujours penser la droite dans la nuance et la complexité ». Son prédécesseur socialiste, François Hollande, a salué un « combattant » qui « avait surmonté avec courage bien des épreuves ». « Celle qui l’a emporté était la plus sournoise car la plus invisible. »
Quant à l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy (LR), il a mis en avant le « panache » de son ancien ministre. « Patrick Devedjian était un homme passionné, entier, sincère, engagé ».
L’ex-Premier ministre François Fillon gardera, lui, en mémoire « les images de son visage souriant, de ses formules tranchantes, de son humour acide, de son intelligence, de sa culture ».
– L’Arménie au coeur –
Quant au Défenseur des droits et ancien ministre de droite Jacques Toubon, il a rendu hommage à un « combattant intransigeant des libertés, des droits de l’Homme et des droits de la défense », notamment « pour la reconnaissance du génocide arménien ».
Fier de ses origines arméniennes, Patrick Devedjian s’était en effet engagé depuis longtemps dans ce combat.
Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan a d’ailleurs exprimé son « immense chagrin ». « Il était une personnalité exceptionnelle », un « acteur essentiel de l’amitié franco-arménienne », a-t-il tweeté.
Un temps militant d’extrême-droite, avant d’embrasser la droite républicaine, avocat de profession, Patrick Devedjian fut député de la 13e circonscription des Hauts-de-Seine de 1986 à 2017, maire d’Antony de 1983 à 2002 et élu conseiller départemental en 2004.
Il fut également porte-parole du RPR de 1999 à 2001 et secrétaire général de l’UMP de 2007 à 2008 et occupa plusieurs fonctions gouvernementales.
Partisan de l’autonomie des collectivités territoriales, il fut d’abord ministre délégué chargé des Libertés locales (2002-2004), puis ministre délégué à l’Industrie et enfin ministre chargé du Plan de relance, de 2008 à 2010, en pleine crise financière.
– Grand collectionneur –
Il présida également l’Etablissement public d’aménagement du quartier d’affaires de La Défense (Epad) de 2007 à 2009. Il s’opposa à Nicolas Sarkozy, alors président de la République, qui tenta, en vain, d’imposer à sa tête son fils Jean, 23 ans, alors que M. Devedjian devait laisser la place, atteint par la limite d’âge (65 ans).
La polémique passée, il œuvra à la création de l’Etablissement public Paris-La Défense, dont il prit la présidence en janvier 2018.
Grand collectionneur, féru d’art, Patrick Devedjian était par ailleurs administrateur du musée du Louvre.
Il fut à l’initiative de la construction du grand complexe culturel La Seine Musicale à Boulogne-Billancourt et de l’enceinte événementielle Paris-La Défense Arena à Nanterre.
Dernièrement, il portait le projet de création du Musée du Grand Siècle dans la caserne Sully à Saint-Cloud. Un projet qui sera « poursuivi », a assuré le conseil départemental à l’AFP.
Patrick Devedjian avait engagé en 2016 un projet de fusion des Hauts-de-Seine avec le département des Yvelines, dirigée par Pierre Bédier (LR).
« Ensemble nous avons porté le combat pour une Métropole parisienne digne de ce nom (…). Honorer sa mémoire, c’est poursuivre son combat », a réagi M. Bédier un communiqué.
Marié, Patrick Devedjian avait quatre fils.
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