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Chronique-Coronavirus : N’ayez pas peur !

Par MONDA BAKOA*

Des marchands de la peur agitent, comme un épouvantail, la pandémie du Cov-19. Une maladie, réelle, mais visiblement amplifiée, l’on ne sait à quelle fin. Des chiffres savamment égrenés par les médias. Des images d’hôpitaux débordés en Europe. Des promesses de cataclysme pour l’Afrique. De fausses nouvelles grossièrement conditionnées et injectées dans les réseaux sociaux. La coupe est pleine. Et nous voilà tous tétanisés… Le printemps revient en Europe. De frêles rayons de soleil semblent apporter une embellie, donnant à rêver de l’éloignement des jours d’horreur. Un soleil à faire fondre une calvitie sous les tropiques, comme pour intimider un virus nocif dont on dit qu’il s’accommode davantage du froid. Mais les bonnes nouvelles n’ont jamais été le gros lot des médias. Personne ne nous dira combien de décès provoque la grippe saisonnière chaque année en Europe, pour trouver la différence et pouvoir se faire sa propre opinion. Tout se passe comme si le cancer, le diabète, les pneumonies, les maladies cardiovasculaires et les autres tueurs avaient décrété un cessez-le-feu.  Il n’y en a que pour la vedette couronnée.

Et l’Afrique dans tout cela ? Le million de morts annuel du paludisme ? L’on apprendra peut-être à l’heure du bilan que la malaria aura été moins meurtrière cette année. Les chiffres des nouvelles infections au Cameroun montent, certes. Mais le ministre de la Santé publique, Malachie Manaouda a bien raison de les situer dans leur contexte : 27 nouveaux cas positifs hier, contre 43 guéris. Moins de 700 cas déclarés, plus d’un mois après le diagnostic du premier cas. Une personne arrivée au pays deux semaines auparavant. Des chiffres en hausse certes. Mais raisonnables, lorsqu’on en juge par la pagaille observée autour des vols à risque de la mi-mars. Avec des personnalités se posant en contre-modèle, dans l’observation de la quatorzaine. Des passagers qui, lorsqu’ils n’esquivent ladite quatorzaine, se laissent aller à une foire aux vanités avec des marchandes de charmes. Un tableau aussi effarant était de nature, à ce jour, à placer le Cameroun à une position encore plus dramatique.

Des raisons d’espérer viennent davantage d’autres pays d’Afrique subsaharienne. Après un mois d’épidémie, à la date d’hier. Nigéria : 232 cas confirmés, Côte d’Ivoire 261 ; Sénégal 226, RDC 180. La progression est plutôt lente, si l’on compare à celle connue par certains pays comme l’Italie : 2 cas positifs le 31 janvier 2020 ; 16 nouveaux cas le 21 février, 888 cas confirmés au 28 février, 9172 cas au 9 mars…

Dubitatif, l’on dira que ce ne sont là que les cas diagnostiqués ; que les autorités ne disent peut-être pas toute la vérité. Comme si on pouvait cacher une bosse qu’on a au front. Le Cov-19 n’est pas le sida dont l’incubation dure une décennie. Avec la pandémie actuelle, ça se voit, quand c’est mauvais. Il est encore tôt de conclure que la contagiosité de la pandémie est moins forte en Afrique. Mais il est permis de l’espérer. Il faudrait, en tout cas, que chacune fasse preuve de responsabilité, à respecter les mesures édictées par le gouvernement. La traque organisée par le ministre de la Santé publique dans les quartiers de Douala, on l’espère, pourra stopper le risque de flambée. Et permettre, pourquoi pas, une levée rapide de certaines restrictions. Alors, trêve de catastrophisme. Au quartier, personne n’est dupe. La rareté et la flambée des prix du citron et du gingembre, au marché, en témoignent. Dès la moindre démangeaison dans la gorge, tisane chaude… Comme nos devanciers en 1918 avec la grippe espagnole.

*Expert en Communication pour le développement

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