A Djibouti, le confinement ne prend pas et l’épidémie s’aggrave

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A Djibouti, le pouvoir autoritaire du président Ismaïl Omar Guelleh peine à faire respecter le confinement et ne cache plus son inquiétude face au rythme auquel l’épidémie de Covid-19 se propage dans ce pays petit et pauvre de la Corne de l’Afrique.

Avec 999 cas officiellement recensés, Djibouti est le pays d’Afrique de l’Est à avoir déclaré le plus grand nombre de cas de nouveau coronavirus, et de très loin même.

Il a la plus forte prévalence du continent avec 98,6 cas pour 100.000 habitants, selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) de l’Union africaine.

Ces chiffres sont cependant à relativiser. Car Djibouti, dont la population approche le million d’habitants, a aussi mené plus de 11.000 tests, soit autant que l’Éthiopie voisine (117 cas recensés), deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 100 millions d’habitants.

Mais l’évolution est préoccupante. En deux semaines, le nombre de cas a été multiplié par presque 7. « L’épidémie s’aggrave », s’est ainsi inquiété la semaine dernière le ministère de la Santé.

La situation a poussé lundi le président Guelleh, au pouvoir depuis 1999, à durcir le ton, reconnaissant que le confinement imposé depuis le 23 mars était loin d’être respecté comme il conviendrait.

« Le confinement n’est pas respecté par tous et malheureusement beaucoup de nos compatriotes prennent encore cette maladie à la légère », a-t-il déploré dans un discours télévisé à la Nation.

« Vous continuez à circuler, à ne pas observer les distances minimum, à ne pas vous isoler et à propager la maladie », a accusé le chef de l’État, mettant en garde contre le fait que « si la progression continue à ce rythme, nous allons bientôt arriver à un stade où nous pourrions arriver à saturation ».

– Les piétons pas contrôlés –

« Si les comportements ne changent toujours pas, je prendrai des mesures encore plus contraignantes », qui pourraient prendre la forme d’un « couvre-feu », a-t-il menacé.

Le gouvernement a ordonné le confinement de toutes les personnes ne travaillant pas pour des services essentiels (douanes, ports, médias, électricité, télécommunications…).

Il a aussi fermé les frontières, les écoles, les lieux de culte, les magasins à l’exception des épiceries, banques, pharmacies et stations-service, et interdit l’utilisation des transports collectifs. Ces mesures ont été prolongées jusqu’au 28 avril.

Mais si la police et l’armée quadrillent les rues de la capitale, pour refouler les conducteurs ne disposant pas d’une autorisation de circuler, les piétons ne sont pas contrôlés et continuent à se déplacer en nombre, a constaté un journaliste de l’AFP.

La plupart des gens ne portent pas de masque, inconfortable dans la chaleur étouffante de Djibouti. Ceux dépendant du secteur informel sont nombreux à marcher chaque jour sur des kilomètres entre le quartier pauvre de Balbala et Djibouti-ville pour tenter de survivre.

Les taxis travaillent toujours, même s’ils ne peuvent prendre plus d’un passager à la fois, et aucune mesure sanitaire n’entoure les marchés de fruits et légumes, ou les échoppes vendant du khat, selon la même source.

Le gouvernement, conscient que les regards extérieurs se porteraient sur le pays, qui abrite des bases militaires étrangères (France, États-Unis, Chine…), a adopté une approche douce, qui tranche avec sa gestion habituelle, estime l’expert Benedikt Kamski.

– ‘Je n’étais pas prêt’ –

« Il y a une énorme différence entre le gouvernement qui montre sa force toute l’année en temps normal pour des raisons politiques ou économiques, et sa gestion actuelle de cette crise sanitaire mondiale », déclare-t-il à l’AFP.

Dans un pays où le taux de chômage avoisine les 50% et les trois quarts des gens vivent avec moins de trois dollars par jour, les autorités ont été critiquées pour avoir imposé le confinement soudainement, sans préparer de mesures d’accompagnement.

« On n’était pas prêt du tout, je n’étais pas prêt car du jour au lendemain on nous annonce le confinement du pays », explique Ahmed, un chauffeur de bajaj (tricycle motorisé). « Pour les gens comme moi qui vivent du travail journalier, c’est difficile financièrement. »

« Mon travail (…) me permettait de subvenir quotidiennement au besoin de ma famille. Maintenant, je suis chez moi sans savoir quand tout va rentrer dans l’ordre », ajoute-t-il.

Le président Guelleh a annoncé la création d’un fonds d’urgence et de solidarité d’un milliard de francs djiboutiens (5,2 millions d’euros), auquel il a promis de contribuer personnellement à hauteur de 10 millions de francs.

Des distributions de nourriture ont aussi été organisées dans plusieurs quartiers pauvres, en faveur de milliers de familles, selon le gouvernement. Mais il est accusé de faire preuve de clientélisme et de tribalisme dans l’allocation de ces aides.

On lui reproche aussi sa gestion du foyer épidémique de l’hôpital Al-Rahma, à Balbala, où plusieurs patients ont été contaminés par deux médecins égyptiens récemment revenus à Djibouti. Certains d’entre eux ont ensuite été transférés à Ali Sabieh (sud), infectant là d’autres personnes.

Le ramadan s’annonce comme un défi supplémentaire pour les autorités, une partie de la population, très croyante, voyant d’un mauvais œil la fermeture des mosquées et préférant s’en remettre à Dieu pour le coronavirus.

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