Pour certains Noirs américains, rien n’a vraiment changé depuis les années 1960

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Pour trois générations de Noirs américains, c’est la même consigne de prudence face à la police. Plusieurs d’entre eux rencontrés à Houston en marge des cérémonies à la mémoire de George Floyd affirment que rien n’a vraiment changé depuis 60 ans et la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis.

« Des choses ont changé, mais pas suffisamment », affirme à l’AFP Norman Mitchell lors d’une soirée d’hommage à George Floyd dans son ancien lycée Jack Yates, dans un quartier majoritairement noir de la ville.

Il salue les avancées des droits politiques pour la minorité afro-américaine, qui ont permis l’élection de Barack Obama, premier président noir de l’histoire des Etats-Unis, tout en dénonçant les discriminations qu’il a subi et que ses enfants subissent encore à cause de la couleur de leur peau.

« Il a fallu qu’un individu s’agenouille 8 minutes et 46 secondes sur un homme pour que le monde entier voit le problème que nous combattons depuis un siècle », dit ce père de famille de 55 ans.

« Quand j’étais jeune, mon père me disait de faire très attention car je pouvais être arrêté par la police et j’ai cette même conversation aujourd’hui avec mes fils qui ont 17 et 32 ans », explique-t-il.

L’agonie de George Floyd le mois dernier dans une rue de Minneapolis est particulièrement dur pour son fils cadet, souligne-t-il. « Il ne pensait pas que c’était réel avant le 25 mai, alors que nous partageons ce genre d’histoires en famille depuis des années ».

Une histoire qui touche personnellement Norman Mitchell, dont le frère a été tué par la police de Houston en 1991.

A 63 ans, Laura Allen a connu très jeune les marches de protestation contre la violence policière dans les rues de la grande ville texane. « Je devais avoir 3 ou 4 ans, ma famille m’a amenée manifester pour la même chose, et aujourd’hui nous devons à nouveau manifester pour les mêmes droits civiques. Cela n’a pas beaucoup changé », regrette-t-elle.

Cette ancienne élève du lycée Yates — promotion 1975 — dénonce les inégalités et le « deux poids-deux mesures » des contrôles de la police dans la ville, où « pratiquement tous les hommes noirs sont fichés ».

– « J’ai peur d’eux » –

Comme beaucoup, elle ne tarit pas d’exemples d’arrestations arbitraires et d’intimidations. En 1980, elle a été placée en détention « simplement pour avoir un verre à la main » et cette année elle a été contrôlée lors d’un voyage en Alabama, avec son mari et sa fille.

« Dès que nous avons passé la frontière de l’Etat, nous avons été arrêtés par un policier qui a demandé à mon mari si c’était sa voiture », dit cette petite dame aux cheveux gris.

Comme son père l’avait emmenée manifester jadis, elle a accompagné sa fille, Leah, la semaine dernière au grand rassemblement de Houston, où 70.000 personnes ont demandé justice pour George Floyd.

A 28 ans, Leah Allen affiche la même méfiance face aux policiers, car « on ne sait jamais ce qui peut arriver ».

« J’ai peur d’eux », dit-elle, affirmant avoir été suivie ou regardée de manière sexuellement explicite par des policiers.

Syreeta Polley, 39 ans, évoque la mort en 2016 d’un automobiliste noir, Philandro Castile, abattu par un policier au volant de sa voiture lors d’un banal contrôle près de Saint-Paul, dans le Minnesota. Comme pour George Floyd, la séquence choc de son agonie avait été filmée en direct.

A côté d’elle, sa fille, Nia Madison, 17 ans, sait qu’il faut « agir de la bonne manière » avec la police. Elle vient de commencer les cours de conduite et la consigne de sa mère est claire: « Fais bien attention si tu es contrôlée ».

« Nous sommes en 2020 et c’est un vrai pas en arrière, cela nous ramène aux années 1950 et les histoires que nous racontent ma grand-mère de 92 ans », constate, amère, Syreeta Polley.

Le rappeur de Houston William James Dennis, alias Willie D, espère que la mort de George Floyd servira de catalyseur.

La minorité noire doit « saisir cette occasion pour faire avancer l’Amérique », dit à l’AFP l’artiste-militant rencontré mardi lors des obsèques.

Le chef de la police de Houston, Art Acevedo, a lui-même admis qu’il restait « beaucoup de travail à faire » pour changer les mentalités au sein des forces de l’ordre.

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