Le président américain Donald Trump a reçu mercredi son homologue polonais Andrzej Duda pour une visite controversée à quatre jours d’un scrutin périlleux où le dirigeant nationaliste briguera un second mandat.
Très critiqué pour sa gestion de l’épidémie de coronavirus, le locataire de la Maison Blanche cherche, avec cette première visite d’un dirigeant étranger depuis l’arrivée du Covid-19 aux Etats-Unis, à démontrer, en dépit de chiffres de contamination inquiétants, que son pays tourne la page.
Les deux hommes se sont retrouvés dans le Bureau ovale avant une conférence de presse commune prévue dans les jardins de la Maison Blanche.
« Je pense que nous n’avons jamais été aussi proches de la Pologne », a souligné M. Trump, insistant sur ses « très bonnes relations personnelles » avec le dirigeant polonais.
Principal enjeu de cette troisième rencontre dans le Bureau ovale entre le milliardaire républicain et le candidat du parti Droit et Justice (PiS): l’augmentation de l’aide militaire américaine à la Pologne que Varsovie réclame avec force.
Depuis l’annonce par Donald Trump d’une réduction du nombre de militaires américains en Allemagne, les spéculations se concentrent sur une relocalisation de certains d’entre eux en Pologne.
Selon le quotidien polonais Dziennik Gazeta Prawna, 30 avions de combat F-16 américains déployés en Allemagne pourraient désormais être transférés en Pologne. Le journal indique que les Etats-Unis pourraient envoyer aussi jusqu’à 2.000 soldats supplémentaires en Pologne.
La Maison Blanche est jusqu’ici restée extrêmement prudente sur le sujet, soulignant qu’il était « prématuré » de faire des annonces chiffrées à ce stade.
L’Otan a promis à la fin des années 90 de ne pas établir de bases permanentes dans l’ex-bloc de l’Est. Aussi, les tensions croissant, l’alliance a-t-elle fait seulement tourner ses troupes dans les pays de première ligne.
Même si les troupes américaines gardent leur système de rotation, les responsables polonais évoquent régulièrement la perspective d’une présence américaine plus constante – peut-être dans une installation financée par Varsovie, surnommée « Fort Trump ».
– Duda en difficulté –
En quête d’un second mandat, Andrzej Duda a longtemps fait figure de favori mais est en perte de vitesse depuis plusieurs semaines. Son principal rival, le maire centriste et europhile de Varsovie, Rafal Trzaskowski, fait désormais jeu égal avec lui au deuxième tour dans les sondages.
Donald Trump, lui, compte sur cette visite et la conférence de presse pour rebondir après plusieurs semaines difficiles où il est apparu déconnecté des crises profondes qui secouent l’Amérique.
A quatre mois de l’élection présidentielle américaine, il peine à retrouver l’élan de 2016 qui lui avait permis de créer la plus grande surprise de l’histoire politique moderne face à Hillary Clinton.
Selon un sondage réalisé par le New York Times et le Siena College et rendu public mercredi, son adversaire démocrate Joe Biden bénéficie désormais d’une large avance dans les intentions de vote (50% contre 36%).
Et la rencontre dans le Bureau ovale ne fait pas, loin s’en faut, l’unanimité.
L’élue démocrate de la Chambre des représentants Marcy Kaptur s’est dite, en tant qu’Américano-Polonaise, troublée par l’initiative « déplacée » de Donald Trump visant à « s’immiscer dans la politique polonaise et donner un coup de pouce » à la réélection de M. Duda.
« Malheureusement, cette invitation du président Trump n’est pas surprenante quand on connaît son goût pour les dirigeants à poigne et ceux qui affaiblissent les institutions démocratiques », a-t-elle ajouté.
L’élue a notamment rappelé de récentes déclarations de M. Duda qui a comparé « l’idéologie LGBT » au communisme.
« Aucun président américain ne devrait rencontrer un dirigeant étranger – ami ou ennemi _ à quelques jours d’un scrutin où il/elle est en lice », estime en écho Molly Montgomery, chercheuse à la Brookings Institution. « Cela affaiblit le processus démocratique polonais et cela affaiblit nos propres valeurs ».
