feu vert du Parlement à l’état d’urgence au Tigré

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Les députés éthiopiens ont approuvé jeudi l’imposition de l’état d’urgence dans la région dissidente du Tigré, sur fond d’escalade militaire en cours entre les autorités de cette région du Nord et celles du gouvernement fédéral.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a décrété mercredi matin l’état d’urgence pour six mois au Tigré, peu après avoir annoncé le lancement d’opérations militaires contre les autorités de la région, qu’il accuse d’avoir attaqué des bases de l’armée éthiopiennes sur place.

Lauréat du prix Nobel de la Paix en 2019, M. Abiy tente de rétablir l’autorité du gouvernement fédéral dans cette région dirigée par le Front de libération des Peuples du Tigré (TPLF) qui le défie depuis des mois.

La Constitution oblige le gouvernement à soumettre sous 48 heures le décret d’état d’urgence au vote de la Chambre des Représentants du Peuple et la Chambre basse l’a « approuvé à l’unanimité » jeudi matin, a rapporté la radio-télévision Fana BC, affiliée au pouvoir éthiopien.

Selon la Constitution, l’état d’urgence donne au gouvernement « tous les pouvoirs nécessaires pour protéger la paix et la souveraineté du pays ainsi que maintenir la sécurité publique, la loi et l’ordre » et l’autorise à suspendre certains « droits politiques et démocratiques ».

Concrètement, le gouvernement peut désormais notamment imposer un couvre-feu, mener des perquisitions sans mandat, restreindre communications et déplacements et placer en détention « toute personne soupçonnée d’activités illégales menaçant l’ordre constitutionnel », a expliqué à l’AFP un haut responsable gouvernemental à Addis Abeba.

L’état d’urgence pourrait être élargi si nécessaire au-delà du seul territoire du Tigré, a-t-il ajouté.

– « Libérer le peuple tigréen » –

Mercredi soir, M. Abiy a annoncé à la télévision nationale la poursuite « dans les prochains jours » des opérations militaires au Tigré, assurant qu’il en dévoilerait les détails quand elles seront terminées. Dans l’immédiat, aucune information n’est disponible sur les opérations en cours.

Les accrochages jusqu’ici semblent surtout concentrés dans l’Ouest du Tigré, selon des diplomates et des sources humanitaires. Mais il est très difficile d’avoir une idée précise de la situation sur le terrain, le réseau internet au Tigré ayant apparemment été coupé la nuit précédente, selon le site spécialisé Netblocks.

Le gouvernement n’a dans l’immédiat donné ni calendrier ni objectif précis de la campagne militaire, mais le porte-parole de la cellule de crise mise en place, Redwan Hussein, a déclaré mercredi que « l’objectif militaire est premièrement de maintenir la loi et l’ordre, ensuite de libérer le peuple tigréen » du TPLF.

Le TPLF a dominé la coalition qui a renversé en 1991 le régime militaro-marxiste du dictateur Mengistu Haile Mariam, puis exercé un contrôle étroit sur l’Ethiopie pendant presque 30 ans, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de M. Abiy, un Oromo, en 2018.

Le TPLF accuse M. Abiy d’avoir progressivement marginalisé la minorité tigréenne (6% de la population) au sein de la coalition au pouvoir, qu’il a depuis quittée, se positionnant de facto dans l’opposition.

Les tensions n’ont cessé de croître depuis qu’en août le TPLF a organisé des élections régionales – lors desquelles il a raflé l’ensemble des sièges -, enfreignant la décision d’Addis Abeba de reporter tous les scrutins en Ethiopie en raison de la pandémie de Covid-19.

– « Escarmouches » –

Le TPLF a rejeté la prolongation de tous les mandats arrivant à expiration, dont ceux des députés nationaux et, en conséquence, du Premier ministre accompagnant ce report. Depuis, le TPLF et le gouvernement de M. Abiy se considèrent mutuellement illégitimes.

« Nous n’avons lancé aucune attaque » contre des bases de l’armée éthiopienne, comme l’affirme le gouvernement, a assuré jeudi à l’AFP un haut dirigeant du Tigré, Wondimu Asamnew.

Il a par ailleurs répété que le Commandement-Nord de l’armée éthiopienne avait rompu avec Addis Abeba et « volontairement commencer à coopérer avec le Tigré pour éviter une guerre civile totale », ce qu’a démenti le cabinet de M. Abiy.

Il a aussi minimisé les opérations militaires qu’Addis Abeba affirme avoir lancées, les réduisant « à des escarmouches avec quelques soldats n’ayant pas respecté la décision de leurs chefs ».

« Je suis au travail, comme tout le monde à Mekele », capitale du Tigré, a-t-il affirmé.

L’escalade au Tigré fait craindre un long conflit dévastateur, susceptible de menacer la stabilité déjà fragile du deuxième pays le plus peuplé du continent avec plus de 100 millions d’habitants.

« L’Union africaine entreprend actuellement des navettes diplomatiques dans la région et avec tous les acteurs pour essayer de trouver une solution. Mais (la situation) est clairement très sensible actuellement », a déclaré jeudi à l’AFP un responsable de l’organisation continentale, dont le siège est à Addis Abeba.

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