Arguineguin, petit port submergé par l’arrivée de migrants aux Canaries

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Saïd El Hallaji embrasse enfin son frère Lehcen, arrivé aux Canaries sur un bateau de fortune il y a une semaine et qui dormait depuis sur le petit port de pêche d’Arguineguin, épicentre de la crise migratoire dans l’archipel espagnol.

Plus de 18.000 migrants sont arrivés cette année sur ces îles espagnoles situées dans l’Atlantique, après une dangereuse traversée depuis les côtes nord-ouest de l’Afrique.

Comme Lehcen, nombre de ces migrants viennent du Maroc.

« Nous ne nous sommes pas vus depuis trois ans », confie Saïd, travailleur agricole dans la région de Murcie (sud de l’Espagne), qui espère pouvoir emmener son frère en avion en Espagne continentale.

Les arrivées de migrants ont explosé ces dernières semaines aux Canaries.

Lundi, environ 150 personnes sont encore arrivés à bord de cinq embarcations sur l’île de Grande Canarie, où plusieurs bus ont quitté le port d’Arguineguín pour reloger des centaines de jeunes migrants dans des centres d’accueil temporaires.

En plein soleil, sous 30 degrés, policiers, secouristes de la Croix-Rouge et agents de Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières, s’activent sur le quai face à l’océan.

Premier point d’accueil, initialement prévu pour les enregistrer et leur faire des tests du Covid, Arguineguin a été totalement débordé par le flux de migrants.

Quelque 600 personnes y dorment toujours mais ce port en a accueilli il y a peu plus de 2.000 dans des conditions qualifiées lundi de « déplorables » par une juge et qui ont été sévèrement critiquées par plusieurs ONG.

En raison d’accords de contrôles en Méditerranée conclus avec la Libye, la Turquie et le Maroc, les migrants ont repris il y a plusieurs mois la route des Canaries, qui revivent une crise inédite depuis 2006 lorsque 30.000 migrants avaient débarqué sur l’archipel.

– Trois jours sans eau –

Sans touristes en raison de la pandémie, 17 hôtels de l’archipel sont utilisés pour reloger les migrants, comme les appartements Vistaflor, situés à une vingtaine de kilomètres d’Arguineguín, entre un terrain de golf et des dunes idylliques.

Un groupe de sept Maliens, arrivés ensemble le 31 octobre et qui ne sont donc plus en quarantaine, se promènent aux alentours.

« Le bateau, c’était dur, horrible, pendant trois jours, on n’a pas eu d’eau, on n’a rien eu à manger. On a bu l’eau de la mer, on s’est fait pipi dessus », raconte Abdulai, 31 ans qui refuse de donner son nom de famille et porte les scarifications faciales typiques de l’ethnie des Peuls.

« Là-bas (au Mali), c’était pire, avec les problèmes politiques, la guerre aussi et avec la pandémie, c’est très compliqué. J’aimerais aller à Barcelone, j’ai de la famille là-bas, ou rester ici », ajoute son compagnon Casama.

Dans l’hôtel Waikiki tout proche, d’autres migrants ont été relogés. En quarantaine, ils ne sont pas autorisés à sortir, ni à accéder à la piscine et passent leurs journées à bavarder depuis leurs balcons.

Un drapeau espagnol y est suspendu, comme un signe de paix dans un quartier où leur présence n’est pas forcément appréciée.

– Des touristes qui « ne se sentent pas en sécurité » –

« Nous avons reçu des courriels de Finlande nous demandant à quelle distance nous sommes des hôtels des migrants, et nous ne pouvons pas leur mentir », déplore Luciano Rodriguez, propriétaire du restaurant Guarapo, à environ 50 mètres du Waikiki.

« Les touristes ne se sentent pas en sécurité. Je n’ai pas vu ces gens casser quoi que ce soit ni attaquer quelqu’un, mais cela crée de l’incertitude et fait plonger les réservations », ajoute-t-il.

Abdel Rostom, un Marocain vivant à Grande Canarie depuis 14 ans, est lui venu à Arguineguin pour récupérer « un membre de la famille d’un ami venu en bateau de fortune » afin de tenter de « l’envoyer en Espagne continentale ».

« Il est ici depuis une semaine et sa mère nous appelle jour et nuit en larmes pour qu’on le sorte de là. Elle ne va pas bien du tout, il lui faut au moins une photo », s’inquiète-t-il à l’entrée de cette jungle de plastique et de bâches plantées sur une jetée, sans lits et avec 25 toilettes de chantier.

En attendant, Abdel Rostom filme l’arrivée de nouveaux migrants. Certains marchent pieds nus, d’autres sont torses nus, épuisés par l’effort en arrivant à Arguineguin, où ils devront passer plusieurs jours à dormir sur le sol de ce quai étroit.

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