un prêtre orthodoxe pro-vaccin voué aux gémonies sur internet

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Dans la nef bondée, ses ouailles l’écoutent avec recueillement. Mais sur les réseaux sociaux, le prêtre Dorel Galan est vilipendé pour avoir prôné la vaccination contre le Covid-19, un sujet sensible pour la puissante Eglise orthodoxe roumaine.

A l’origine de ce déluge d' »injures », une interview à la presse locale où le religieux de 45 ans évoquait le risque de transmettre la maladie à un proche « par bêtise ou ignorance », par refus du vaccin.

Des passages de cet entretien ont ensuite été postés sur le site internet du ministère de la Santé, friand de toute déclaration publique susceptible de combattre un coronascepticisme tenace en Roumanie.

« J’ai dit mon opinion (…) et tout d’un coup j’ai été attaqué par des personnes que je ne connaissais pas, par des +haters+ (haineux, NDLR) professionnels », déplore dans un entretien à l’AFP le prêtre qui officie à Cluj-Napoca (centre-ouest de la Roumanie) depuis 19 ans.

Il s’était ensuite expliqué lors d’un sermon dominical, conseillant aux croyants de « consulter un médecin » avant de prendre une décision et mettant en garde contre ceux qui « prennent leurs propres convictions pour la vérité scientifique ».

– Choc des morts du virus –

Mais rien n’y a fait. Il a été qualifié sur la Toile de « Satan » et de « mécréant », ou encore accusé de se faire payer par l’Etat pour défendre la vaccination. « Les prêtres qui ont trahi Jésus n’ont plus le droit de parler », écrit l’un de ses pourfendeurs.

« Je n’ai jamais cherché à devenir un influenceur ou une vedette sur les réseaux sociaux », confie le prêtre, cheveux grisonnants à la coupe moderne et barbe poivre et sel, en jonglant avec les anglicismes en vogue parmi les internautes.

Malgré cette publicité dont il ne voulait pas, il se félicite du soutien de ses paroissiens, qui lui ont fait sentir qu’il n’était « pas seul ».

Durant le confinement roumain, au printemps 2020, lorsque les églises avaient été fermées pendant deux mois, il avait diffusé en ligne les services célébrés à huis clos.

Mais après la « messe la plus terrible » à laquelle il ait jamais dû officier, à la suite de la mort début janvier, à quelques jours d’intervalle, des grands-parents d’un ami, il a décidé de parler publiquement des périls liés à la pandémie.

« Je n’ai rien contre ceux qui ne veulent pas se faire vacciner et, de la même manière, ces derniers ne devraient pas m’en vouloir si je tente de les protéger contre la maladie », souligne ce père de deux adolescents.

Le scepticisme des Roumains quant aux bienfaits des vaccins a graduellement fondu ces dernières semaines, et 66% d’entre eux disent qu’ils vont se faire vacciner « certainement » ou « probablement », selon un récent sondage de l’institut IRES basé à Bucarest.

– L’eucharistie prônée comme antidote –

Depuis le début de la pandémie qui a tué près de 18.000 personnes dans ce pays de 19 millions d’habitants, l’Eglise orthodoxe, majoritaire en Roumanie avec 86% de fidèles, s’est retrouvée sur la corde raide, contrainte de négocier avec l’Etat pour obtenir la réouverture des lieux de culte.

Elle a en échange accepté de distribuer au clergé une brochure informative sur la vaccination, « gratuite, sûre et pas obligatoire ».

Mais les prêtres ne sont aucunement tenus de prêcher la bonne parole à cet égard parmi les fidèles, tandis que le patriarche Daniel maintient pour l’instant le silence sur ses propres intentions.

Faisant fi des restrictions destinées à endiguer la pandémie, plusieurs hauts hiérarques ont eux assuré que l’eucharistie était « le meilleur antidote » contre le coronavirus.

Dans ce contexte délicat, Père Galan critique aussi bien l’Etat qui « instrumentaliserait » l’Eglise afin d’atteindre ses buts, que les fidèles les plus intransigeants qui reprochent à la hiérarchie orthodoxe de céder aux autorités.

S’il avait au tout début regretté d’avoir déclenché cette polémique, il estime aujourd’hui avoir eu raison car « en fin de compte, l’humanité vaincra cette pandémie, mais le véritable virus qu’il faudra combattre est celui des préjugés ».

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