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Un rapport sur les échecs de la France dans le génocide au Rwanda devrait être publié

Après deux ans de travail, une commission d’historiens soumettra vendredi un rapport potentiellement explosif au président français Emmanuel Macron scrutant le rôle joué par la France lors du génocide rwandais de 1994.

L’historien Vincent Duclert, qui dirige la commission, remettra le rapport à Macron à 16h30 (15h30 GMT) et il sera ensuite rendu public, a indiqué la présidence. On prétend depuis longtemps que la France, alors dirigée par feu le président François Mitterrand, n’a pas fait assez pour arrêter les massacres qui ont fait au moins 800 000 morts, principalement de la minorité ethnique tutsie, et a même été complice des crimes.

La question empoisonne encore les relations modernes un quart de siècle plus tard entre la France et le Rwanda sous le président controversé Paul Kagame, un Tutsi, qui dirige la nation montagneuse de la région des Grands Lacs en Afrique depuis les séquelles du génocide.

Macron a ordonné la création de la commission en mai 2019 pour analyser le rôle de la France au Rwanda de 1990 à 1994 à travers des recherches archivistiques. Le génocide a commencé après que le président hutu du Rwanda, Juvénal Habyarimana, avec qui Paris entretenait des liens étroits, a été tué lorsque son avion a été abattu au-dessus de Kigali le 6 avril 1994.

La France a notamment dirigé l’opération Turquoise, une intervention militaro-humanitaire lancée par Paris sous mandat des Nations Unies entre juin et août 1994. Ses détracteurs estiment qu’elle visait en réalité à soutenir le gouvernement génocidaire hutu. Et il y a également eu des accusations répétées selon lesquelles les autorités parisiennes ont aidé des suspects du génocide au Rwanda à s’échapper sous la protection militaire française.

La commission de 15 membres ne comprend aucun spécialiste du Rwanda, une décision que la présidence française estime nécessaire pour assurer une neutralité totale. Mais les historiens – qui incluent des experts sur l’Holocauste, les massacres d’Arméniens ottomans pendant la Première Guerre mondiale et le droit pénal international – ont eu accès aux archives, y compris celles de Mitterrand lui-même, qui ont longtemps été fermées aux chercheurs.

Ils ont également examiné des documents de l’ancien premier ministre de droite Edouard Balladur, qui dirigeait alors le gouvernement, ainsi que des archives du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Défense et du service de renseignement extérieur (DGSE).

Duclert lui-même s’est rendu au Rwanda en février 2020, mais l’indépendance de la commission a suscité des inquiétudes, notamment parce qu’elle travaillait depuis le ministère de la Défense à Paris.

Tout en cherchant à positionner la France comme un acteur affirmé sur la scène mondiale, Macron a pris des mesures provisoires pour accepter des aspects autrefois tabous du bilan historique du pays, même si beaucoup aimeraient voir des mesures beaucoup plus audacieuses.

L’historien Benjamin Stora a été chargé d’examiner les actions de la France pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie et il a appelé à une « commission vérité » et à d’autres actions de conciliation dans un rapport majeur rendu en janvier. Macron a exclu les excuses officielles pour la torture, les exécutions extrajudiciaires et autres abus commis par les troupes françaises en Algérie.

Le contenu du rapport sur le Rwanda est susceptible d’avoir une incidence majeure sur les relations futures entre la France et le Rwanda, que Macron a déclaré vouloir visiter plus tard cette année.

Macron a accueilli Kagame à Paris en mai 2018, affirmant que la normalisation des relations était en cours mais « prendra sans aucun doute du temps ». En signe de détente, en décembre 2018, les juges français ont abandonné une enquête de longue date sur le meurtre de Habyarimana qui avait vu sept personnes proches de Kagame inculpées.

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