L’armée somalienne a frappé fort aux portes de Baidoa. Une opération coordonnée dans le Sud-Ouest du pays a coûté la vie à cinquante membres du groupe jihadiste al-Shabaab — et soulevé une controverse politique explosive.
Les forces de l’Armée nationale somalienne (ANS) ont mené jeudi une opération d’envergure en périphérie de Baidoa, capitale de l’État du Sud-Ouest. Bilan officiel : cinquante combattants d’al-Shabaab tués, d’autres blessés.
Le ministère de la Défense a confirmé la destruction de plusieurs véhicules blindés techniques, de dépôts d’armes et d’équipements opérationnels appartenant au groupe armé. Du matériel lourd, visiblement. Ce type d’opération coordonnée dépasse largement les accrochages habituels — c’est une frappe pensée, préparée.
Des milices accusées de collusion avec les jihadistes
L’affaire ne s’arrête pas là. Le ministère de la Défense a formulé une accusation grave : des milices armées fidèles à Abdiaziz Hassan Mohamed, l’ancien dirigeant de l’État du Sud-Ouest, auraient directement collaboré avec al-Shabaab lors de l’assaut.
Mohamed a catégoriquement démenti ces allégations.
Le gouvernement, lui, n’a pas mâché ses mots. Dans un communiqué officiel, il a averti : « Le gouvernement réaffirme qu’il ne tolérera jamais qu’un individu ou un groupe utilise des armes ou des milices armées à des fins politiques ou pour porter atteinte à la sécurité nationale. Quiconque soutient des terroristes ou leur accorde une protection devra en répondre conformément à la loi. »
Un message clair. Presque un ultimatum.
Cette tension entre Mogadiscio et certaines factions régionales n’est pas nouvelle en Somalie. Mais accuser publiquement un ancien responsable de haut rang de connivence avec al-Shabaab — c’est un palier franchi rarement, et jamais sans conséquences.
Al-Shabaab revendique et contredit le bilan officiel
Al-Shabaab a de son côté revendiqué l’embuscade de l’aube, en livrant une version radicalement différente des faits. Le groupe affirme que ses combattants ont tué deux commandants supérieurs de l’ANS et saisi quatre véhicules de transport militaire lors du repli des forces gouvernementales.
Deux récits opposés, deux victoires revendiquées. C’est le quotidien des conflits asymétriques : chaque camp communique sa version, et la vérité, quelque part entre les deux, reste difficile à établir depuis l’extérieur.
Al-Shabaab maîtrise depuis longtemps la communication de guerre. La revendication rapide d’une contre-narrative sert autant à entretenir le moral de ses propres rangs qu’à semer le doute sur les succès annoncés par Mogadiscio.

