Le chef de l’Eglise orthodoxe éthiopienne accuse le gouvernement de vouloir « détruire » le Tigré

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Le chef de l’Église orthodoxe éthiopienne a accusé le gouvernement de vouloir « détruire » la région du Tigré, dans une vidéo constituant ses premiers commentaires publics sur cette guerre qui dure depuis six mois dans le nord du pays.

Cette déclaration d’Abune Mathias, lui-même originaire du Tigré, a été faite dans un enregistrement vidéo exfiltré d’Éthiopie par un de ses amis après que ses précédentes tentatives de s’exprimer ont été « étouffées et censurées », affirme-t-il.

Une telle prise de position publique est rare dans le pays, depuis le début de ce conflit opposant l’armée fédérale éthiopienne aux forces fidèles au parti au pouvoir autrefois dominant du Tigré, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

« Ils travaillent jour et nuit à détruire le Tigré. Ils n’ont aucun répit quand il s’agit d’anéantir les Tigréens », déclare Abune Mathias en amharique dans cette vidéo de 14 minutes.

« Dans toutes les parties du Tigré, il y a des massacres. Ils veulent effacer les Tigréens de la surface de la Terre », affirme-t-il.

Début novembre, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, a envoyé l’armée fédérale au Tigré pour arrêter et désarmer les dirigeants du TPLF, qu’il accuse d’avoir orchestré des attaques contre des bases militaires.

Il a toujours affirmé que l’armée ciblait le TPLF et non les civils. Mais de nombreuses exactions contre les civils, dont des massacres et des viols collectifs, ont été rapportées et documentées. Selon de nombreux témoins et survivants, elles ont été menées par des soldats éthiopiens et des troupes venues de l’Érythrée voisine.

Abune Mathias dénonce ce « massacre de personnes, en particulier le meurtre d’innocents ».

Il déplore également les dégâts causés aux célèbres monastères orthodoxes du Tigré, ainsi que les massacres perpétrés sur des terres appartenant à l’Église, notamment dans la ville de Dengolat.

Lors d’une visite de l’AFP à Dengolat en février, des prêtres s’étaient dits déçus que les dirigeants orthodoxes n’aient pas dénoncé les violences.

L’Église orthodoxe est la plus grande communauté religieuse d’Éthiopie, représentant plus de 40% des 110 millions d’habitants.

– Messages « étouffés » –

Dennis Wadley, ami d’Abune Mathias et directeur de l’ONG américaine Bridges of Hope International, a déclaré à l’AFP avoir enregistré la vidéo le 26 avril lors d’un voyage en Ethiopie.

« Le patriarche m’a demandé de ne pas la publier tant que je ne serais pas hors du pays, de retour aux États-Unis », a-t-il expliqué.

Un responsable orthodoxe a confirmé à l’AFP l’authenticité de l’enregistrement.

Abune Mathias affirme avoir déjà tenté de dénoncer la guerre, notamment dans des interviews, mais qu’il en a été empêché par le gouvernement.

« J’ai parlé et ils l’ont étouffé. J’ai de nouveau parlé et ils l’ont étouffé. Jusqu’à présent, je n’ai pas eu l’occasion d’exprimer mon message dans les médias », a-t-il déclaré.

Bien que M. Abiy a déclaré la victoire fin novembre après la prise de la capitale régionale Mekele, les combats se poursuivent.

La communauté internationale s’alarme de la situation. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a notamment mis en garde le mois dernier contre un « désastre humanitaire » imminent.

Face au nombre croissant de civils menacés par la faim et aux combats qui persistent, Abune Mathias « appelle les dirigeants internationaux à trouver un moyen d’arrêter cela immédiatement ».

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