Le Texas veut effacer à jamais ses toponymes racistes

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Lacs, ruisseaux, sommets ou vallées… Après plusieurs décennies de batailles, une quinzaine de lieux du Texas pourraient bientôt être débarrassés de leurs noms à connotation raciste. Un changement réclamé par les autorités locales et qu’un organisme fédéral devrait entériner le 10 juin.

Le “Negrohead Lake” ou la “Negro Creek” font partie des stigmates d’un passé sombre que cet Etat du sud des Etats-Unis aimerait laisser derrière lui.

Le Texas, qui s’est battu pour le maintien de l’esclavage lors de la guerre de Sécession, vante aujourd’hui son multiculturalisme. Il a d’ailleurs, dès 1991, fait adopter une loi pour effacer ses toponymes racistes.

La mort de George Floyd sous le genou d’un policier blanc, le 25 mai 2020, a donné un nouvel élan national aux initiatives visant à dénoncer les symboles du passé raciste de l’Amérique, désignations géographiques, statues de généraux confédérés ou de propriétaires d’esclaves.

Le 10 juin prochain, un organisme fédéral créé il y a plus de 130 ans, le Bureau des noms géographiques (BGN), devrait entériner le remplacement de seize appellations texanes.

“C’est un immense soulagement. Tardif, mais mieux vaut tard que jamais”, a confié à l’AFP Rodney Ellis, un haut responsable noir du comté de Harris, où se trouve Houston, la plus grande ville de cet Etat du sud des Etats-Unis.

C’est lui qui, en 1991, alors sénateur du Texas, avait mené le combat législatif visant à renommer ces lieux.

– 250 à 300 propositions –

Une quinzaine de membres du Comité des noms nationaux du BGN statueront en juin sur quelques-une des 250 à 300 propositions visant à nommer ou renommer des lieux géographiques à travers les Etats-Unis.

Il s’agit la plupart du temps de demandes anodines, comme la confirmation de noms déjà utilisés par les habitants, mais l’organisme “constate clairement un intérêt croissant pour le remplacement des noms considérés comme offensants”, explique Jennifer Runyon, géographe qui y travaille.

Le Bureau des noms géographiques devra ainsi décider si le mot “squaw”, terme péjoratif désignant une femme amérindienne, pourra toujours désigner deux sommets et une vallée de l’Etat de l’Oregon ainsi qu’un cours d’eau et un lac du Wisconsin. En février, il avait accepté que le sommet Squaw Tits (“seins d’Indienne”), dans le sud de l’Arizona, soit rebaptisé Isanaklesh Peaks, du nom d’une divinité apache.

Pour que les changements de noms soient entérinés au niveau fédéral, ils doivent faire l’objet d’un vote favorable du Bureau.

Dans les années 1990, à la suite de la loi portée par M. Ellis, le BGN a attendu quatre ans avant de mettre les propositions texanes à l’ordre du jour… pour finalement les recaler.

Malgré cette loi de 1991, le Bureau des noms géographiques avait alors estimé que “les autorités locales n’avaient pas été suffisamment consultées et qu’il manquait des éléments biographiques” sur les personnes dont le nom devait remplacer les appellations racistes, détaille Jennifer Runyon.

Les dossiers doivent en effet démontrer qu’il existe un lien entre les lieux et les personnes qui leur prêtent leur nouveau nom.

A la suite de ce refus, “le Bureau des noms géographiques espérait qu’il y ait un suivi, que davantage de détails et de preuves de consultations locales soient fournis”, plaide Jennifer Runyon. “Mais plus rien ne nous a été envoyé.”

“Je pensais qu’adopter une loi suffirait”, justifie aujourd’hui à l’AFP Rodney Ellis.

– Lac Henry Doyle –

Depuis trente ans, les toponymes utilisés par l’Etat du Texas diffèrent donc des noms officiels. Les débats nationaux contre le racisme de ces derniers mois ont permis au dossier d’être à nouveau transmis au Bureau.

Comme l’exigent les règles fédérales, un délai de 60 jours court actuellement afin que les 574 tribus amérindiennes du pays puissent faire part de leurs remarques avant le vote de juin.

Avec 30 ans d’usage local officiel et une volonté croissante des Américains d’écarter de tels noms, le regard du BGN devrait être plus conciliant. D’autant que, depuis mars, son ministre de tutelle est l’Amérindienne Deb Haaland, à l’origine — avant sa nomination au gouvernement — d’une proposition de loi visant à ce que cet organisme revoie les noms offensant des propriétés fédérales.

“Nous devrions utiliser les lieux publics pour honorer les personnes qui nous ont inspirés”, ajoute Rodney Ellis.

Le lac “Negrohead” (“tête de nègre”) de Baytown, près de Houston, devrait ainsi être officiellement rebaptisé lac Henry Doyle, du nom du premier étudiant afro-américain en droit à avoir intégré une université publique au Texas.

Mais pour M. Ellis, ces évolutions au Texas ne sont qu’un début, devant être exporté dans le reste des Etats-Unis: “Les noms à caractère raciste et offensant sont partout, et j’espère que des changements interviendront dans tout le pays.”

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