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L’audition de Jean-François Copé débute devant le tribunal

Il n’est pas sur le banc des prévenus mais sa présence était très attendue depuis l’ouverture du procès sur les dépenses excessives de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012. L’ancien patron de l’UMP Jean-François Copé a commencé à être entendu par le tribunal mercredi après-midi, en tant que simple témoin.

En costume gris foncé et chemise claire, une pochette de documents à la main, Jean-François Copé a pris place à la barre, avant de décliner son identité pour le tribunal.

« Je n’ai rien de particulier (à déclarer), je suis à votre disposition », a-t-il dit à la présidente.

Il a commencé à être entendu sous l’oeil de son avocat, Me Hervé Temime, installé sur un banc dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Paris.

Contrairement à l’ancien chef de l’État, jugé pour « financement illégal de campagne », et 13 autres prévenus – dont son directeur de cabinet Jérôme Lavrilleux – l’ancien chef du parti devenu Les Républicains a bénéficié d’un non-lieu dans cette affaire.

Jean-François Copé a toujours maintenu qu’il n’était au courant de rien du système de fausses factures mis en place pour faire payer à l’UMP plutôt qu’à la campagne les dépenses excessives – près du double du plafond légal autorisé, qu’il aurait découvert au moment des révélations dans la presse en 2014.

« Si je l’avais su, dans la minute j’aurais interdit ces pratiques », avait-il assuré aux enquêteurs.

Au terme de l’enquête, l’accusation avait certes trouvé « étonnant qu’il n’ait pas cherché à comprendre » pourquoi son parti se trouvait « au bord du défaut de paiement » à la fin du mois d’avril 2012. Mais elle avait estimé que « rien » ne prouvait que M. Copé avait été informé de la fraude ou qu’il aurait pu la détecter.

Une thèse qui n’a jamais convaincu dans le camp de l’ancien chef de l’Etat – les sarkozystes et les copéistes se sont toujours rejeté la faute. Derrière la bataille judiciaire c’est un différend politique majeur qui se joue entre les deux camps.

Certains des autres prévenus (anciens cadres de l’UMP et de Bygmalion, directeur de campagne, experts-comptables) sont aussi dubitatifs, et nul doute que les questions devraient fuser. Au début du procès, les avocats de quatre d’entre eux ont longuement plaidé pour que de nouvelles investigations soient engagées pour « éclairer le rôle » de M. Copé. La question sera tranchée au moment du jugement.

– Protéger le patron –

« J’aimerais comprendre la stratégie de défense de certains », leur a rétorqué Me Temime. Faire de son client la cible d’une affaire pour laquelle il a été blanchi est « pour le moins problématique », a estimé l’avocat.

Au fil des interrogatoires des prévenus par le tribunal ces deux dernières semaines, le nom de l’ancien patron de l’UMP a continué à être régulièrement évoqué.

Le responsable des meetings chez Bygmalion a notamment raconté sa convocation dans le bureau de Jean-François Copé, qu’il ne connaissait pas, après les révélations dans la presse: « Jean-François Copé entre dans la salle, il me dit +Franck, qu’est-ce que c’est que cette histoire de factures! », avait-il mimé. « Il finit sa tirade, il s’en va », avait-il décrit, parlant de « supercherie » pour couvrir le patron.

« Les décisions stratégiques se prennent à l’Élysée, avec Nicolas Sarkozy », a de son côté assuré au tribunal Jérôme Lavrilleux qui était à l’époque à la fois directeur de cabinet de M. Copé et directeur adjoint de la campagne de M. Sarkozy.

C’est bien l’Élysée qui a décidé de multiplier les meetings (44 au total) au risque d’exploser les comptes de campagne car l’important était de gagner, a soutenu M. Lavrilleux.

Très proche de Jean-François Copé, comme les fondateurs de Bygmalion, Jérôme Lavrilleux avait d’abord été accusé d’avoir imaginé le système frauduleux pour constituer une « caisse noire » pour l’avenir politique de son patron.

M. Lavrilleux, seul à l’UMP à avoir reconnu l’existence de la fraude, a toujours juré qu’il n’en avait jamais parlé à M. Copé pour ne pas le mettre en difficulté. Il l’a répété la semaine dernière devant le tribunal: « je protège mon patron ».

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