Le rescapé de 92 ans de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray a dit jeudi au procès plaindre les « jeunes qui se laissent embobiner » par des islamistes radicaux, tout en appelant à « ne pas minimiser » la responsabilité des trois accusés jugés à Paris comme membres de l’entourage des jihadistes.
Assis sur une chaise devant la cour d’assises spéciale de Paris, Guy Coponet, grièvement blessé lors de l’attentat qui a coûté la vie au père Hamel, a fait pendant une vingtaine de minutes le récit de « cette matinée » du 26 juillet 2016.
« C’était le jour de mon anniversaire. Ce matin-là il faisait beau, le père Hamel (…) était gai parce qu’il allait partir en vacances. C’était les vacances, il y avait moins de monde que d’habitude, heureusement ».
Hormis Guy Coponet et sa femme, décédée depuis en 2021, seules trois religieuses assistaient à la messe.
Le paroissien relate l’irruption d’Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean dans la petite église: « Ils ont commencé, au fond, à se déguiser », l’un ceignant son front d’un bandeau, l’autre s’attachant « une boîte autour du corps avec du scotch jaune » – une ceinture d’explosifs factice.
Puis, alors qu’Abdel-Malik Petitjean force le prêtre de 85 ans à s’agenouiller et lui assène plusieurs coups de couteau, Adel Kermiche oblige Guy Coponet à filmer la scène. Jacques Hamel « s’est défendu comme il a pu, il repoussait de ses pieds » son agresseur, s’écriant « Satan, va-t’en! ».
« J’ai vu que le sang s’est mis à vomir, tout rouge, il n’a plus bougé le pauvre, c’était terminé pour lui. C’était affreux », poursuit le vieil homme, comparant la souffrance du prêtre aux dernières heures de la vie du Christ.
Les deux jihadistes détruisent ensuite l’appareil ayant servi à filmer – la vidéo ne sera jamais retrouvée – puis s’en prennent à Guy Coponet, avec des coups sur « le dos, le bras », puis, dit-il, « ça s’est terminé par la gorge ».
– « Qu’ils demandent pardon » –
La cour a souligné le « courage » de cet homme, qui a comprimé sa large plaie à la gorge pendant près d’une heure, jusqu’à l’intervention de la police. Selon un médecin légiste venu témoigner mercredi, cela lui a « probablement sauvé la vie ».
Malgré la douleur, il a fait le mort: « Il m’est venu à l’esprit +Surtout bouge pas, parce que si tu bouges, il va te terminer+. Alors je suis resté comme ça ».
« Que j’aie été ce jour-là sauvé, à quelques minutes probablement, je n’y suis pour rien. Il y avait une présence qui a fait probablement que ça s’est passé comme ça », a estimé le vieil homme, ponctuant sa déposition de nombreuses références à sa foi et prononçant dans la salle d’audience l’Ave Maria qu’il se récitait dans sa tête lorsque les secours sont enfin arrivés.
A propos des deux jeunes jihadistes de 19 ans, tués à leur sortie de l’église, il ajoute: « Je pense à eux tous les matins quand je me rase, parce que (la zone de la blessure) est insensible.
« Le rêve – c’est un rêve – ça serait que ceux qui ont donné des ordres, ceux qui ont formé ceux qui sont venus (attaquer l’église), viennent demander pardon à tous ceux à qui ils ont fait de la peine », glisse-t-il.
Les « jeunes qui se laissent embobiner, je les plains, de pas avoir pu résister », conclut M. Coponet, ajoutant: « Même si on reçoit des ordres, on est quand même responsable de dire +oui+ ou de dire +non+. (…) Il ne faut pas minimiser ».
En l’absence des assaillants décédés et de l’instigateur présumé, Rachid Kassim, probablement mort en Irak, la cour d’assises spéciale juge depuis lundi trois membres de leur entourage.
Dans le box des accusés, Jean-Philippe Jean Louis, Farid Khelil et Yassine Sebaihia comparaissent pour « association de malfaiteurs terroriste ». Ils sont soupçonnés d’avoir été au courant de la volonté des deux jeunes hommes de commettre une action violente, d’avoir partagé leur idéologie ou tenté de rejoindre la Syrie. Ils encourent trente ans de réclusion.
« Moi c’est à vous que je pense, M. Coponet, c’est au père Hamel », a tenu à déclarer Farid Khelil. Il a dit regretter de ne pas avoir fait « beaucoup plus (…) pour éviter que (son) cousin » Abdel-Malik Petitjean « arrive dans cette église ».
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