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« Les Mille et Une Nuits du management »

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« Les Mille et Une Nuits du management »

Dans la plupart des travaux d’économie, le capitalisme est tout entier calcul instantané ou alors dialectique. Dans le premier cas, le conflit se résout dans l’immédiateté d’un calcul : celui équilibrant offre et demande si les conditions de concurrence pure et parfaite sont réunies. Dans le second cas, l’économique s’inscrit dans une temporalité plus incertaine et conflictuelle. Le prolétaire s’oppose au propriétaire. L’innovation frictionne avec les routines. L’exploration doit s’accommoder de l’exploitation. À certains moments, une synthèse ou une rupture radicale peuvent s’installer. Grand soir ou nouveau régime, elles incarnent alors un monde nouveau.

Pourtant, de plus en plus de recherches en économie et en gestion montrent la nature surtout narrative de notre capitalisme. Celui-ci n’est pas simplement une logique accouchant pas à pas d’un monde différent. Il n’est pas non plus une simple lutte binaire entre pôles à réconcilier. Il n’est pas davantage un pur calcul spéculatif ou une croyance. Il est une longue histoire d’histoires parfois entremêlées, souvent divergentes, incarnant le politique dans la force même des récits et des agencements. Depuis les années 1940, avec la rencontre entre marché et digital ou management et digital, le capitalisme est devenu un ensemble de processus organisationnels type Mille et Une Nuits.

Les Shéhérazade de nos propres vies

Bien sûr, des innovateurs et des spécialistes de la communication ou du marketing promettent et fixent des habitudes pour mieux les défaire. Mais au-delà de cela, la matière même du capitalisme est une force sans cesse interrompue et incomplétée afin de nourrir les désirs d’après. Le capitalisme managérial nous raconte des histoires faites de mots mais également d’images, de gestes, de mélodies, de rythmes et d’objets plus ou moins matériels. Il pousse concrètement de l’avant vers l’arrière chacun des moments de notre vie. Il agence des désirs au cœur même de ses valeurs. Il programme et cultive l’obsolescence.

L’infinité temporelle de ses narrations suppose l’infinité de plus en plus problématique de la spatialité de notre terre. Comme le disait Bruno Latour, cette terre est alors « américaine » par l’étendue de son horizon et de son sol. Comme le suggérait également le sociologue-philosophe, il nous faut aujourd’hui questionner cette spatialité, la reconsidérer profondément dans sa fragilité et son habitabilité.

Leçon inaugurale du cours « Transformations du Travail et Numérique » (TTN) : « Les Mille et Une Nuits de nos apocalypses managériales » (Transformations du Travail, septembre 2022).

Sur ce chemin, le management et ses processus doivent devenir ou redevenir des phénomènes pleinement politiques. Au-delà de la seule posture sacrificielle, il nous faut réinventer et réenchanter le monde en respectant tout ce qu’il a de vivant. Nous devons explorer un management producteur de sens et cultiver une éthique véritable du voyage, au travail et comme dans le management.

Nous avons trop souvent été les touristes de nos propres organisations. Nous avons trop systématiquement été des individus en attente de récits à consommer. À nous de travailler et de gérer en inscrivant nos histoires dans la fragilité des lieux où elles se déroulent. À nous d’être, ensemble, les Shéhérazade de nos propres vies.

Collaborations inédites

Au-delà de l’étrange compétition en cours entre les mieux-disants pour sauver le monde, il faudrait sans doute mettre en place de grands forums afin que les écoles de management et les universités collaborent véritablement à la construction de stratégies communes sur les futurs durables du travail. L’enjeu est de taille à l’heure où le management représente plus de 20 % de l’effectif des étudiants du supérieur et la quasi-totalité de nos futurs décideurs économiques.

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Il faudrait également que nos entreprises mettent en place des collaborations inédites au service d’une grande cause écologique suspendant les compétitions et leurs modes habituels de régulation. Que pourraient faire ensemble Google, Facebook, Amazon, Apple et d’autres pour aider l’humanité à faire face à la crise climatique ? Il faudrait également que les pouvoirs publics s’intéressent enfin au sujet du management en le considérant comme l’un des grands orchestrateurs des narrations consommatrices de ce monde.

Où est le monsieur ou la madame management de notre gouvernement ? Quelle place a le management dans les discussions de nos mairies, de notre assemblée nationale, de l’Union européenne, des Nations unies ou de l’Unesco ? Quel rôle joue-t-il dans les espaces plus participatifs, notamment les tiers lieux ? Faut-il s’en remettre à des chercheurs éclairés ou à des consultants en management pour discuter des modes de gestion de la crise de l’anthropocène et des formes de notre capitalisme ? Peut-être faut-il enfin faire du management l’un des modes d’existence ou de non-existence de nos démocraties…

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