Homme fort du Var depuis 30 ans, Hubert Falco pourrait être déchu de tous ses mandats, comme l’a requis jeudi le parquet contre le maire de Toulon dans l’affaire du « frigo de Falco ».
Poursuivi devant le tribunal correctionnel de Marseille pour recel de détournement de fonds publics, la tête baissée, souvent entre ses deux mains, Hubert Falco, 75 ans, a encaissé le réquisitoire pendant deux heures. Pour finir abattu, en larmes, lorsque le procureur a réclamé une peine de trois ans de prison avec sursis, la confiscation de 55.000 euros saisis sur son compte, et surtout une inéligibilité de cinq ans, avec exécution provisoire, c’est-à-dire d’effet immédiat.
La justice lui reproche d’avoir continuer à déjeuner à la cafétéria du Conseil départemental du Var, alors qu’il n’en était plus président, et d’avoir profité de repas à domicile et de frais de pressing, réglés eux aussi par la collectivité.
Ces repas étaient stockés dans un réfrigérateur dédié, d’où le nom de ce dossier: « le frigo de Falco ».
Sans faux « suspense », le procureur de la République Mathieu Vernaudon avait prévenu dès le début de sa prise de parole: « Je vais vous demander de mettre fin immédiatement aux mandats électifs qui pèsent sur la tête d’Hubert Falco ».
Maire de Toulon depuis plus de 20 ans, Hubert Falco, ex-LR désormais rallié au président Emmanuel Macron, avait dirigé le département du Var, de 1994 à 2002. Et il préside la métropole de Toulon depuis sa création en 2002.
Parlant de « vrai scandale », le procureur a rappelé que cinq personnes « de la cuisine ont témoigné de la réalité des faits ».
Sans parler des mails retrouvés au sein du Conseil départemental, où il est question de « repas du dîner » et de « productions du soir » pour « HF », ou d' »Hubert Falco, invité permanent de Monsieur le président » Marc Giraud. A la tête de la collectivité à l’époque des faits, celui-ci est poursuivi de son côté pour détournement de fonds publics.
– « J’aime acheter des légumes » –
A l’encontre de Marc Giraud, le parquet a requis deux ans de prison avec sursis et cinq ans d’inéligibilité, estimant qu’il ne devait pas être « condamné aussi sévèrement » qu’Hubert Falco, « le bénéficiaire final, celui qui décide » et considérait le conseil départemental comme « sa maison, son fief ».
Marc Giraud, condamné à cinq ans d’inéligibilité pour emploi fictif dans un autre dossier de détournement de fonds publics (dont il a fait appel), avait dû abandonner son poste à la tête du Var en octobre.
« Je n’ai jamais nié que je déjeunais à la cafétéria du conseil départemental quand je montais pour y travailler », avait expliqué Hubert Falco mercredi.
En revanche, il a démenti fermement les accusations de repas préparés spécialement pour lui. « L’enquête a prouvé qu’avec mon épouse, on dépensait plus que la moyenne nationale pour se nourrir ! J’aime aller dans les magasins, j’aime aller acheter des légumes », s’est-t-il défendu, parlant d' »une véritable entreprise de démolition » qui l’aurait visé avant les municipales de 2020.
Au total, le coût de ces repas privés se serait élevé à au moins 64.500 euros entre 2015 et 2018, la période visée. Soit 1.500 euros par mois, selon les enquêteurs.
« On n’est pas sur un détournement de centaines de milliers d’euros, mais un euro détourné est un euro qui ne va pas à l’intérêt public », a appuyé le procureur.
Pendant le procès, 20 témoins cités par le maire de Toulon ont défilé pour assurer de sa « probité »: « un homme qui respecte les règles », pour une de ses anciennes directrice générale des services, qui a toujours eu une « vie d’ascèse » selon un autre.
Pour l’avocat de l’association de lutte contre la corruption Anticor, partie civile, « la question n’est pas de savoir si sa carrière politique est exemplaire » reconnaissant son bilan politique: mais « à carrière exemplaire, attitude exemplaire », a plaidé Me Alain-David Pothet.
L’avocat du maire de Toulon n’a pas souhaité réagir jeudi, préférant s’exprimer lors de sa plaidoirie vendredi matin. L’avocat de Marc Giraud, Me Jean-Claude Guidicelli, a par contre dénoncé des « réquisitions assommoir ».
L’avenir politique d’Hubert Falco est maintenant suspendu au jugement, attendu a priori vendredi.
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