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Aux États-Unis, les overdoses sont en augmentation chez les adolescents

Aux États-Unis, les overdoses mortelles sont en constante augmentation. Entre mai 2022 et mai 2023, elles ont coûté la vie à plus de 112 000 Américains, selon les Centers for Disease Control and Prevention, soit une augmentation de 37 % par rapport à la période qui s’étalait de mai 2019 à mai 2020.

En grande majorité, les personnes décédées étaient des adultes. On note cependant une augmentation sans précédent des overdoses fatales chez les adolescents : le nombre de décès mensuel est passé de 31 en juillet 2019 à 87 en mai 2021 (la période la plus récente pour laquelle des données sont disponibles).

En tant que chercheur, je travaille sur les consommations de drogues. Mes travaux se focalisent sur les spécificités existant au sein des différents groupes d’âge. Lorsque l’on s’intéresse aux décès par overdose, on constate d’importantes différences entre les adolescents et les adultes, non seulement en matière de types de drogues impliqués, mais aussi de genre des consommateurs ou d’origine ethnique.

En raison de ces différences, les groupes qui doivent être considérés comme à haut risque ne sont pas les mêmes chez les adolescents et chez les adultes. Les stratégies mises en place pour prévenir les overdoses doivent en tenir compte.

Qui sont les victimes ?

Lorsque les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ont examiné les données correspondant aux jeunes Américains âgés de 10 à 19 ans, ils ont constaté que, comme pour les adultes, la plupart des adolescents décédés d’une overdose de drogue étaient de sexe masculin. Cependant, on constate également que la proportion de jeunes filles parmi ces décès adolescents est plus élevée que la proportion de femmes dans les classes d’âge adulte.

Chez les préadolescents et les adolescents, plus de deux garçons meurent d’une overdose de drogue pour chaque fille de ce groupe d’âge. Chez les adultes, le rapport est plutôt de trois hommes pour deux femmes.

La proportion d’overdoses mortelles chez les adolescents caucasiens non hispaniques est nettement plus élevée que chez leurs pairs non caucasiens – plus encore que chez les adultes (de juillet 2019 à décembre 2021, sur 2231 adolescents décédés par overdose, plus des deux tiers (69,0 %) étaient de sexe masculin, et étaient en majorité considérés comme « blancs non hispaniques » (59,9 %), ndlr).

Le fentanyl souvent en cause

Une autre différence entre adolescents et adultes se situe au niveau des substances à l’origine de ces overdoses mortelles.

Chez les adultes, les consommateurs qui utilisent plus d’une drogue ont plus de risques de mourir d’une overdose que ceux qui n’utilisent qu’une seule drogue. Les combinaisons les plus couramment constatées impliquent le fentanyl, un puissant analgésique opioïde (les opioïdes sont des substances aux effets similaires à ceux de l’opium, ndlr). Il s’agit de l’un des opioïdes les plus puissants disponibles : on estime qu’il est environ 100 fois plus puissant que la morphine, un autre opioïde très puissant souvent utilisé en milieu hospitalier.

Lors des usages détournés, le fentanyl est souvent associé soit à un autre opioïde, par exemple un médicament délivré uniquement sur ordonnance, soit à un stimulant, tel que la cocaïne ou la méthamphétamine.

Chez les adolescents, le principal responsable des overdoses mortelles est le fentanyl seul : il est impliqué dans 84 % d’entre elles, et 56 % de toutes les overdoses impliquaient uniquement cette molécule.

Les adolescents et les préadolescents ont généralement peu de tolérance aux opioïdes, car ils n’y ont souvent pas été exposés auparavant, et la grande puissance du fentanyl les rend plus susceptibles de faire une overdose.

Nombre d’entre eux ingèrent accidentellement du fentanyl en prenant des comprimés contrefaits qu’ils croient être des opioïdes délivrés sur ordonnance ou des stimulants. Il arrive aussi que ces cachets contiennent d’autres drogues illicites, sans qu’ils ne le sachent.

Ce constat est cohérent avec nos résultats de recherche, qui indiquent que les usages détournés des opioïdes délivrés sur ordonnance ont diminué entre 2015 et 2019 chez les adolescents et les jeunes adultes. Cela concorde également avec d’autres données montrant que les décès liés aux overdoses impliquant de l’héroïne ont eux aussi diminué au cours des dernières années.

Cette utilisation involontaire augmente le risque d’overdose, car les personnes qui ne sont pas conscientes qu’elles prennent du fentanyl ont moins de chances d’avoir à portée de main de la naloxone, un médicament utilisé comme antidote aux overdoses dues aux opioïdes, ou des bandelettes de test pour détecter le fentanyl.




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Être préparé peut pourtant changer l’issue d’une overdose : l’analyse des décès survenus chez des adolescents a en effet montré que dans 67 % des cas un témoin était présent et aurait pu intervenir. La naloxone n’a été administrée que dans moins de la moitié de ces cas, alors que cette substance empêche le fentanyl et d’autres opioïdes de provoquer une overdose en bloquant l’accès aux récepteurs opioïdes dans le cerveau.

Peu ou pas d’antécédents

Seul un adolescent sur dix décédé d’une overdose de drogue présentait un historique de traitement pour un problème d’usage de substances, et seul un sur sept avait déjà fait l’expérience d’une overdose non mortelle. Par ailleurs, les adolescents victimes d’une overdose mortelle n’avaient généralement pas de problème avec l’alcool ou d’autres substances, des prémices qui constituent habituellement des facteurs de risque et doivent généralement alerter.

Ce constat souligne l’importance pour les parents d’aborder avec leurs enfants les questions liées à l’usage de substances, et ce dès l’âge de 12 ans. Il a été constaté que l’expression de leur désapprobation a tendance à prévenir ou à retarder la prise de drogue. Il faut cependant garder à l’esprit qu’il peut être irréaliste, voire inutile, d’espérer que ses enfants ne recourront jamais à aucune substance psychotrope – après tout, la plupart des adultes boivent de l’alcool, au moins occasionnellement.

En tant que parent, il peut être plus judicieux d’insister auprès de ses enfants sur le fait qu’à leur âge, le cerveau est encore en construction et subit de ce fait des changements rapides et importants. Éviter de consommer des drogues ou de l’alcool pendant sa jeunesse permet donc de favoriser un développement cérébral sain.

Que peut-on faire d’autre ?

Il est important d’avoir de la naloxone à disposition. Ce médicament potentiellement salvateur est facile à utiliser, mais le coût de sa version en vente libre, qui peut dépasser aux États-Unis 50 $ pour deux doses, le rend inaccessible pour certaines des personnes qui en ont le plus besoin.

Il faut néanmoins l’envisager comme le pendant d’une assurance automobile : on préfère éviter d’avoir à y recourir, mais il est important d’en souscrire une malgré tout, au cas où quelque chose tournerait mal.

Et même si son propre enfant ne s’essaiera jamais à la consommation d’aucune drogue, le fait d’avoir de la naloxone sur lui pourrait lui permettre d’être en mesure d’intervenir et de sauver un ami qui ferait une overdose.

À ce sujet, tout le monde devrait être formé à reconnaître les symptômes d’une overdose d’opioïdes : respiration superficielle (de petits volumes d’air sont inspirés et expirés, gonflant au minimum les poumons) ou inexistante, difficultés à rester conscient, peau froide et moite. Face à une telle situation, il faut être prêt à intervenir rapidement.

Pour conclure, un dernier point est particulièrement important à souligner : plus de quatre adolescents sur dix victimes d’une overdose fatale avaient des antécédents de problèmes de santé mentale. Cela concorde avec nos propres travaux, qui ont établi un lien, chez les adolescents, entre une santé mentale moins solide et un mésusage d’opioïdes. Cette forte association entre problèmes de santé mentale et overdoses de drogue existe aussi chez les adultes.

Pour cette raison et bien d’autres, telle que l’augmentation des taux de dépression chez les adolescents, je recommande à tous les adultes (non seulement aux professionnels de santé, mais aussi à ceux qui comptent des préadolescents et des adolescents parmi leurs proches), de rester attentifs à l’évolution de leur santé mentale. Et au moindre doute, de recommander un traitement si l’on est soignant, ou de consulter un professionnel dès que possible si on ne l’est pas.

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