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Les choix de placement vert dépendent aussi des émotions

Un sondage réalisé auprès d’un panel représentatif de la population française indique que 82 % des interviewés s’inquiètent face au changement climatique. 86 % estiment que le réchauffement climatique est un phénomène qui s’accélère. Devant cet enjeu majeur, certains comportements individuels, tels que la consommation excessive de viande ou le recours au transport aérien sont questionnés. Des personnes décident de ne plus emprunter ce mode de transport, un phénomène qui porte le nom de flygskam, un mot suédois qui désigne la honte de prendre l’avion pour des raisons écologiques.

D’autres modes d’action sont possibles. Ainsi, investir dans des fonds actions verts (green equity funds) peut aussi être perçu comme une façon d’agir de façon positive en faveur de l’environnement. Un tel investissement est, en effet, réputé contribuer à « sauver la planète » en réallouant prioritairement les fonds investis vers des entreprises environnementalement vertueuses. Ainsi, la législation a évolué de façon significative en Europe pour favoriser l’investissement durable. Pour cela, une taxonomie verte a été proposée, ainsi que des standards pour les obligations vertes, des normes de divulgations d’information (CSRD) et de reporting (ESRS)

Quel accueil pouvait recevoir ces initiatives publiques ? Pour apporter des éléments de réponses nous nous sommes intéressés à l’influence qui pouvait exister entre les émotions relatives à l’environnement et les décisions d’investir ou non dans des fonds dits verts, dans une étude récente Par investissement dans un fonds vert, nous entendons investissement dans un fonds action vert engagé, de type article 9 au sens de la SFDR.

La décision financière n’est-elle que rationnelle ?

Nous avons plus précisément étudié deux émotions, l’une négative et l’autre positive. L’émotion négative, l’écoanxiété, correspond à la détresse émotionnelle produite par les crises climatiques et écologiques, et est liée à du stress, de la peur et des inquiétudes par rapport aux aspects environnementaux et peut constituer une menace pour la santé mentale Pour donner une idée de l’ampleur du phénomène, on peut se référer à une enquête auprès de 10 000 enfants et jeunes adultes de dix pays différents souligne que 59 % d’entre eux sont très ou extrêmement inquiets concernant le changement climatique. Du côté de l’émotion positive, nous nous sommes intéressés aux personnes se sentant particulièrement proches de leur environnement naturel.

Des études ont montré que des pratiques pro-environnementales comme l’économie des ressources naturellesou le recyclage sont reliées à ces deux émotions. Cependant, aucune recherche n’avait été jusqu’alors menée sur les comportements financiers. La théorie moderne de la finance considère en effet que les décisions d’investir sont entièrement mues par les critères de rentabilité et de risque de l’investissement. L’individu est rationnel et ces émotions sont réputées n’avoir aucune influence sur ces actions.


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Afin de mesurer l’impact de ces deux émotions sur les décisions financières, nous avons interrogé 340 investisseurs français « verts » et 331 « non verts », ayant par ailleurs des caractéristiques similaires en termes d’âge, de sexe et de localisation géographique en France. L’échantillon des 671 répondants a une moyenne d’âge de 50 ans, 50,7 % sont des femmes, ont un niveau d’éducation moyen BAC+2, et les foyers gagnent en moyenne un montant très proche de celui fourni par les statistiques de l’Insee concernant la population française. La valeur moyenne du portefeuille des investisseurs interrogés est de 10 373 euros. Concernant les investisseurs verts, ils détiennent en moyenne 974 euros de fonds verts, ce qui représente 7,6 % de leur portefeuille total.

Nous trouvons, toutes choses égales par ailleurs, que les émotions concernant l’environnement sont significativement liées au fait d’investir dans des fonds verts. Ainsi, les personnes les plus éco-anxieuses, ou qui se sentent le plus connectées à la nature (les deux n’étant pas exclusifs) ont une probabilité plus importante d’être des investisseurs « verts ». Nous trouvons également qu’il n’y a pas d’interaction entre ces deux émotions, l’une positive, l’autre négative et qu’elles sont relativement indépendantes dans la mesure où leur influence combinée n’a pas d’impact.

Par ailleurs, au-delà des émotions, le fait de disposer de connaissances financières plus conséquentes que la moyenne, ou d’un montant de portefeuille plus élevé, sont des facteurs explicatifs également importants dans la décision. Notre recherche révèle que l’effet des émotions vient s’ajouter à ces variables.

Un renfort à moindre coût ?

Si les émotions sont un déterminant important de l’investissement dans les fonds verts, on pourrait également s’attendre à ce qu’elles aient une influence sur le montant investi dans ces mêmes fonds. Or, il n’en est rien. L’analyse montre que le montant du placement réalisé n’est pas significativement lié à ces émotions. Cela fait écho à des recherches récentes sur la notion de « warm glow », le sentiment agréable éprouvé après une bonne action.

Ce résultat est cohérent avec le montant moyen investi en fonds vert par les investisseurs de notre échantillon qui demeure assez modeste en moyenne. L’investissement dans un fond vert se suffit en soi pour retirer des bénéfices émotionnels, qu’il s’agisse de se sentir bien, en cohérence avec son sentiment d’être proche de la nature ou qu’il s’agisse d’agir contre son écoanxiété. Ceci n’incite donc pas les investisseurs à augmenter leur degré d’implication en augmentant le montant de leur investissement financier.

Si les études montrent que l’investissement vert dépend de la perception de leur rentabilité, de considérations morales ou encore de la littéracie financière des investisseurs, aucune n’explorait jusqu’à présent l’effet de la dimension émotionnelle en tant que telle. Or, l’écoanxiété et la connexion avec la nature semblent bel et bien influencer la décision d’investissement dans des fonds verts. D’une façon plus générale, ces résultats confirment donc l’importance de prendre en compte les émotions dans les décisions financières, en lien avec une approche comportementale de la finance.

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